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#073 – Strike !

Des people. Qui jouent au bowling. Dans une émission présentée par Vincent Lagaf. Produite par Hanouna. Diffusée sur C8.
Je crois bien qu’on tient là l’un des pires cocktails pour me donner envie de regarder un jeu TV… mais ce qui est encore plus surprenant, c’est que le diffuseur lui-même ne semblait pas particulièrement enclin à ce que le public ne le regarde non plus. Ah, oui, accrochez-vous ; car cette histoire vaut son pesant de cacahuètes.

Nous sommes en 2018, deux ans plus tard après la fin du contrat d’exclusivité reliant Vincent Lagaf à TF1. Celui-ci va donc en profiter pour voir d’autres horizons, sous deux formes en particulier : d’une part, il va incarner le personnage de Mégagaf dans Fort Boyard (et c’était de la merde. Je ne me suis jamais autant senti pris par cette émission pour un gamin de 6 ans qu’avec ce personnage, du moins jusqu’à ce que Cyril Gossbo n’arrive deux ans après. Mais c’est une autre histoire.) ; et d’autre part, il va animer un nouveau jeu sur C8, produit par H2O Productions, la boîte de Cyril Hanouna : Strike !. Jeu annoncé en grande pompe, avec même Vincent Lagaf qui va signer un contrat en direct dans Touche pas à mon poste (parce qu’il faut bien que cette émission fasse dans la surenchère, comme d’habitude), qui va concerner 35 émissions, tournées rapidement dans la foulée.
Et le premier prime du jeu, diffusé fin mai 2018, est un succès. Compte tenu du fait que les lancements de nouveaux jeux sur la chaîne ne sont généralement pas très glorieux ; pour une fois, on aurait pu penser qu’on allait avoir une émission qui dépasse le cap des deux saisons ! … mais c’était sans compter les caprices d’Hanouna.
Déjà, lors du TPMP précédant le premier prime, les chroniqueurs ont dézingué le jeu (avant donc qu’il ne soit diffusé, logique…). Comprendre par là : Hanouna a demandé à ses chroniqueurs de dézinguer le jeu, pour qu’il n’ait officiellement pas à le faire (on connaît les méthodes du personnage, depuis le temps, surtout après le numéro de Complément d’enquête qui lui a été consacré), et qu’il puisse conserver une attitude « neutre » envers Lagaf. Je n’ai absolument pas compris l’intérêt de cette démarche, car on rappelle que c’est Hanouna qui produit le jeu. Pourquoi voudrait-il saborder sa propre production ? Surtout qu’a priori, il n’y avait pas encore d’eau dans le gaz entre lui et Lagaf…
Mais les choses se sont envenimées lorsque Lagaf a déclaré peu de temps après, dans une interview donnée à RTL, qu’il n’était pas contre recommencer à présenter une émission sur TF1 si l’occasion se présentait. Compte tenu de la haine viscérale qu’Hanouna développe envers TF1 depuis plusieurs années, c’est comme si Lagaf avait libéré le Kraken. Hanouna est donc devenu furieux, et a encore davantage savonné la planche de Strike par tous les moyens. Ainsi, il fait volontairement terminer TPMP plus tardivement pour décaler la diffusion de Strike (alors que Lagaf avait – connaissant les méthodes de C8 – mis une clause dans le contrat stipulant que le jeu ne devait pas commencer plus tard que l’heure prévue) ; et au lieu de ne diffuser que deux épisodes inédits par soirée, on en diffuse trois afin d’écouler le programme encore plus rapidement (35 épisodes, on le rappelle). Et, au bout d’un moment, C8 a carrément cessé de diffuser le programme régulièrement (l’audience ayant également baissé depuis le premier numéro), alors qu’il restait encore une dizaine d’épisodes en stock. Certains d’entre eux auront droit à une diffusion surprise plusieurs mois plus tard, notamment celui avec Philippe Lacheau qui avait été tourné dans le cadre de la promotion de son film du moment (Nicky Larson et le parfum de Cupidon… tout ça pour un film très médiocre, soit dit en passant), mais il y aura toujours dix épisodes non diffusés.
Que les fans se rassurent cependant : lors de l’été 2019, alors que Lagaf a pris ses distances avec la chaîne depuis belle lurette, et que TPMP prend ses congés de fin juillet-août, C8 se souvient qu’elle a encore 10 numéros inédits de Strike sur les bras ; et décide alors de les écouler en access, à la place de son talk-show phare. Ca passe, de toute façon personne ne regarde la télé en août, donc ce n’est pas ça qui va rendre Hanouna jaloux… surtout que comme ils doivent meubler un mois entier avec seulement 10 inédits (et 2 épisodes par jour), ils vont donc allègrement mélanger inédits et rediffusions, histoire de bien faire en sorte que le peu de public restant en soit dégoûté. Et après ça, cette fois-ci, c’en est bel et bien terminé de Strike et du passage de Lagaf sur C8.
Inutile de préciser que Vincent Lagaf a très mal vécu cette collaboration avec Hanouna, la décrivant même comme un cauchemar dans son livre autobiographique. Il aura d’ailleurs parfaitement résumé la gestion ubuesque du programme par son producteur avec une comparaison fort à propos : « C’est comme si tu préparais une voiture pour faire une course, et que la veille tu la démolis à gros coups de masse ». En parlant de voiture, d’ailleurs, il aura heureusement pu rebondir avec des émissions dans ce domaine-là quelques années plus tard, sur RMC Découverte, une chaîne que j’imagine beaucoup mieux gérée que C8.

Bon, je vous ai raconté cette histoire, car je la trouvais vraiment fascinante, et parce qu’elle en dit long sur la psyché d’Hanouna ainsi que de l’amateurisme total de la gestion de C8 (qui a dû quand même perdre de l’argent très bêtement à cause de ça, comme si la chaîne n’était pas déjà un gouffre niveau rentabilité…) ; toutefois, les émissions ayant été enregistrées avant que tout cela n’arrive, et n’ayant a priori pas été remontées entre temps, ça n’aura eu aucun impact sur leur qualité intrinsèque.
Et à ce niveau-là, qu’est-ce que ça vaut ? Eh bien… je reconnais que, même si je n’ai pas pleinement accroché, le jeu était bien plus intéressant que je ne le pensais ; ce qui doit être très rare en ce qui me concerne pour une production H2O (qui m’a plutôt habitué à des émissions davantage produites par-dessus l’épaule, et auxquelles je n’accorde pas beaucoup de crédit). Ca valait donc bien une critique, pour souligner le positif qu’on pouvait tirer du format.

L’ambiance et les people… mouais.

Mais avant de parler du positif, autant évacuer ça tout de suite : je ne suis pas fan de l’ambiance développée par le jeu. Je ne dis pas qu’elle n’est pas appropriée ni recherchée… mais disons que ça se sent que je ne fais pas partie du public cible de C8.
Cela dit, je dis C8 ; mais on sent que ça cherche aussi à tabler sur les jeux TF1 à l’ambiance décontractée de la grande époque (comme le disaient si bien Les guignols : D8/C8, la plus grande photocopieuse du PAF !). Ne serait-ce qu’avec la présence de Vincent Lagaf, qui fait ce qu’il sait faire de mieux à ce niveau. Je conçois que ce style a ses fans, et je comprends très bien pourquoi ils l’apprécient… personnellement, ça me touche moins. Je vous avoue que le jeu où j’ai le plus préféré Vincent Lagaf, c’était dans Crésus, qui était sans doute le jeu où son style habituel se ressentait le moins…

Après, sur une autre note à son sujet, il y a tout de même deux ou trois choses que je déplore un petit peu dans Strike.
D’une part : je trouve que le style d’animation de Lagaf prend mieux lorsqu’il a un partenaire à qui donner la réplique (Bill dans Le Bigdil, Crésus dans le jeu éponyme, Gérard Vivès dans Le juste prix…) ; ce qui n’est pas vraiment le cas ici, hormis les people (on y reviendra…).
D’autre part : la présence d’ambianceurs, qui est un héritage des Gafettes qu’on retrouvait notamment dans L’or à l’appelLe Bigdil et Le juste prix. Bon, on n’est plus dans les années 90-2000, et c’est une bonne chose qu’il y ait un peu plus de mixité parmi les « assistants » de Vincent Lagaf qu’à l’époque où il n’y avait que des Gafettes. Mais même si leur présence n’est pas affreuse… elle reste dispensable. A part faire une petite chorégraphie en intro et faire joli le reste du temps. Et, certes, je ne me suis pas plaint de la présence d’ambianceurs dans NOPLP ; mais je trouve que le format s’y prêtait mieux.
Et enfin : la tendance à appuyer le côté « on est un jeu un peu beauf, et on en est fiers ». Alors, je m’explique : ça vient notamment de la façon qu’ont l’animateur et les people de considérer certaines questions posées, quand elles portent sur un thème relativement pointu (du moins de leur point de vue) ; par exemple une question sur l’informatique, où ils diront « Oh là là mais c’est pour les grosses têtes ». Ce n’est peut-être pas aussi récurrent que j’en donne l’impression ; mais je peux vous assurer que les quelques fois où ça se produit, ça m’agace vraiment, car ça donne une impression de dédain envers les thèmes concernés. De façon générale, d’ailleurs, je n’aime pas quand un animateur se permet de faire des commentaires personnels sur une question sous prétexte qu’elle n’est pas trop à son goût ou qu’elle manque d’intérêt (c’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle Alessandra Sublet était une erreur de casting monumentale pour animer Le grand concours avec sa façon intempestive de le faire régulièrement). Et c’est le genre de détail qui ne m’aide clairement pas à rentrer dans l’ambiance instaurée, et qui me fait regarder l’émission à reculons…


Réaction de Lagaf en voyant le thème : « oulà pfff ». Merci, c’était dispensable, surtout que la question qui a suivi n’avait rien de particulièrement pointu.

Mais bon, il n’y a pas que le style de Lagaf avec lequel j’ai du mal ; il y a aussi la présence de people.
En fait, je disais en introduction « Des people qui jouent au bowling » : c’est aux deux tiers vrai, car ils font équipe avec un candidat anonyme, et les gains accumulés lui reviennent exclusivement (comme dans TLMASMAD ou Burger Quiz).
Le point positif est donc qu’on n’a pas un programme où ils servent juste à faire « joli » (comme dans la version 1 de SVUBE où ils ne servaient à rien), ni un programme où on tient mordicus à en mettre à tout prix parce qu’on jugerait trop ennuyeux qu’il y ait ne serait-ce qu’un seul anonyme (comme ce que sont devenus Fort Boyard ou Le grand concours). Mais ça n’empêche pas le fait que, conceptuellement, ils ne servent vraiment pas à grand-chose. En termes de mécanique, ça n’aurait rien changé de les remplacer par des anonymes, et d’avoir une équipe de trois candidats jouant pour leur compte.

Parce qu’autant, quand un anonyme joue, il peut totalement assumer son niveau, et on n’est pas spécialement frustré de le voir rater ce qu’il fait ; autant quand c’est un people qu’on a attribué au candidat sans qu’il n’ait eu son mot à dire, c’est déjà plus délicat. Et s’il n’est pas bon du tout, ça en devient carrément un manque de respect pour le candidat qui doit alors jouer avec un handicap.
Bon, je vous avoue que je n’ai pas eu le courage de visionner toutes les émissions de Strike ; aussi, je ne me prononcerai pas sur un niveau global, et je ne me hasarderai pas à faire de généralisations. Cependant, dans les émissions que j’ai vues, ça pouvait osciller entre les bonnes surprises et les casseroles. Et je confirme que ça peut être agaçant quand ça arrive. N’est-ce pas, Laurent Maistret, qui aimait apparemment frimer mais qui a été le seul responsable des quelques gouttières réalisées, handicapant le candidat lorsqu’il devait jouer après lui ? Ou encore Nelson Monfort qui n’était vraiment pas fameux non plus, mais qui avait le meilleur goût de ne pas se la ramener.


Ah, oui, il y a un petit effet de manche pour faire apparaître les people, en les faisant sortir des quilles.

D’ailleurs, c’est aussi une raison pour laquelle je ne suis pas fan de la règle du Passager mystère de Pékin Express, parce qu’on fait reposer trop de performances sur un people qui débarque et dont le niveau sera aléatoire, sans que le binôme ne puisse spécialement y faire grand-chose ; et tout ça juste pour dire « Regardez, y a un people qui participe ! », histoire de ramener des téléspectateurs curieux d’une façon un peu désespérée.
Après, je ne dis pas que c’est forcément une mauvaise idée de faire intervenir des people dans un jeu avec des anonymes. Après tout, dans Pyramide, les candidats sont bien obligés de jouer avec des Maîtres-mots qui sont généralement des people ; mais ils ne venaient pas juste pour une émission de temps en temps, c’était un rôle à plein temps, et ils avaient un bon niveau (sauf quelques casseroles comme les premières Maîtres-mots – qui avaient toutefois l’excuse de la nouveauté du jeu – ou Olivier Minne, mais généralement on les a vite remplacé.e.s). En revanche, si on compare à Mot de passe, ça devenait un peu plus aléatoire, surtout dans la version Boccolini où beaucoup de people avaient un niveau catastrophique.
Et puis, surtout, Pyramide et Mot de passe nécessitent des intervenants tiers que le candidat ne connaît pas ; là où Strike aurait à mon sens été plus pertinent avec un trio d’anonymes qui se connaît bien.

D’ailleurs, maintenant que j’y pense, c’est même un peu inhabituel pour un jeu présenté par Vincent Lagaf de faire une certaine place aux people (même si ça ne l’aura pas empêché de jouer un personnage dans Fort Boyard, dans une version plus anti-anonymes que jamais… après, il n’était que personnage et n’intervenait pas plus de 5 minutes). Dans diverses interviews, il a affirmé que ce qui l’intéressait davantage, c’était plutôt de jouer avec Monsieur et Madame Tout-le-monde ; et ses jeux les plus notables se passaient justement de people, en se concentrant sur des candidats 100% anonymes. Ce qui ne les rendaient d’ailleurs pas moins ambiancés pour autant, bien au contraire ! Mais bon, ce n’était pas le producteur du jeu, c’était donc tout à fait possible que ce ne soit pas son idée.


Enfin bref. Tout ça pour dire que ces aspects majoritairement superficiels ne m’ont pas emballé (même si je reconnais que c’est assez variable selon les émissions que j’ai rattrapées, certaines arrivant à passer, d’autres étant plus lourdes), et que j’aurais sans doute davantage profité du jeu sans eux. C’est bizarre, j’ai l’impression d’avoir déjà vécu ça avec TLMASMAD…
Et c’est dommage, car au niveau des règles, en revanche, j’aurai nettement plus de positif à dire.

Le concept

Le principe ressemble beaucoup à celui de la finale de la seconde version de Drôle de couple, dans la mesure où il prend un peu à contrepied la mécanique de La tête et les jambes.
En effet, dans LTELJ, c’est la question de culture générale qui détermine le degré de difficulté de l’épreuve physique qui suit (ainsi que la nécessité de la disputer) ; tandis que dans Strike, c’est l’inverse. C’est l’épreuve physique qui va déterminer le degré de difficulté de la question de culture générale qui suit, voire même le fait qu’elle soit posée ou non.

Vu le titre et vu ma remarque en introduction, vous vous doutez donc que l’épreuve physique en question, ça va être le bowling. Et en sachant cela, vous avez sans doute déjà une petite idée de la façon dont la difficulté de la question peut être modulée.
Bon, je ne vais pas vous faire l’insulte de vous rappeler les règles du bowling (attention, prétérition dans 3, 2, 1…) : le but est de lancer une lourde boule sur une piste, entourée de gouttières de part et d’autre, au bout de laquelle sont disposées dix quilles. Chaque joueur dispose de deux lancers pour en renverser le plus possible ; et si, par talent ou par hasard, il fait tomber toutes les quilles du premier coup, il accomplit le fameux strike (titre !). Dans une partie de bowling classique, le nombre de points est calculé en fonction du nombre de quilles renversées à chaque tour, ainsi que selon des règles spécifiques pour les coups spéciaux comme le fameux Strike ; mais ici, il n’est pas question de points ou de score.
En fait, chaque quille va représenter une réponse potentielle à la question qui sera posée juste après ; et plus le joueur en cours renversera de quilles, plus il éliminera de réponses potentielles à la question.


Donc, avant que la question ne soit posée, deux lancers de boules seront effectués pour éliminer le plus de mauvaises réponses à la question qui va être posée juste après. Chaque question dispose de 12 propositions de réponse par défaut ; si toutes les quilles tombent en deux coups, il n’en restera donc plus que deux.
Puis la question est posée, et l’équipe dispose de 45 secondes pour valider une réponse, parmi les propositions restantes.

Sur le papier, j’aime bien cette idée, qui met à profit intelligemment la mécanique du bowling pour la lier assez habilement avec la partie « quiz » ; d’autant plus avec les quelques règles additionnelles dont je vais parler juste après.
En pratique… ça dépend des fois. En fait, pour certaines questions (en particulier les premières), celles-ci sont tellement simples qu’on pourrait y répondre aisément, même sans les propositions de réponse. Il faut donc généralement attendre que la partie ait un peu décollé pour que cette mécanique ait de l’intérêt.


Bon, là, clairement, vu la teneur des deux tiers des réponses (les Bogdanoff ou les Simpson dans Les Misérables, mais bien sûr…), c’est comme si on n’en avait proposé que quatre. Mais c’était la première question, donc on n’allait pas faire perdre les candidats dès le départ.

Cependant, il y a également deux règles supplémentaires, qui mettent à profit les possibilités offertes par cette façon d’adapter le bowling.
La première étant que si le candidat fait un strike (donc toutes les quilles qui tombent du premier coup), la question est carrément zappée, et on passe directement au niveau suivant. Bonne idée, dans la mesure où ça récompense dignement la meilleure performance possible. On pourrait d’ailleurs même théoriquement imaginer toute une partie remportée sans poser une seule question… mais en pratique, une équipe qui arrive à réaliser 12 strikes d’affilée, croyez bien que ça n’arrive jamais, les candidats n’étant pas tous les trois des professionnels du bowling.


Et une question zappée !

L’autre règle concerne les gouttières. En effet, si un candidat a le malheur de ne toucher aucune quille lors de son lancer, il va en revanche pénaliser son équipe. Ainsi, lors de la prochaine question, le lanceur dont ce sera le tour n’aura droit qu’à un seul lancer au lieu de deux ; donc moins de possibilités d’éliminer des réponses, et une pression accrue pour en éliminer un maximum en une seule fois.

Et je suis beaucoup plus mitigé au sujet de cette règle.
Sur le papier, c’est là encore une règle que j’apprécie, et qu’on peut voir comme la contrepartie de la règle favorable du strike. A savoir que cette fois-ci, une mauvaise performance va être sanctionnée. D’une façon qui est au passage notable, mais qui reste rattrapable, donc qui n’est pas injuste non plus.

En revanche, ce qui va me poser problème et diminuer la pertinence de cette règle, ce sont deux choses.
D’une part : on pénalise le lanceur au tour suivant quand une gouttière est effectuée aussi bien lors du premier lancer que du second. Ce qui me semble vraiment sévère. Si le candidat arrive à renverser 9 quilles lors de son premier lancer, ça le force à renverser la dernière quille restante, sachant qu’elle sera potentiellement plus difficile à atteindre. Ca n’a aucun sens de pénaliser une performance qui reste globalement très bonne ! Il aurait été préférable de n’appliquer cette règle que lors du premier lancer du candidat, ou bien de n’appliquer la sanction que si vraiment aucune quille n’a été renversée en deux coups.
D’autre part : la composition des équipes. Parce que si le candidat anonyme fait ses lancers juste après un people boulet qui ne fait que des gouttières, il aura clairement des raisons de lui en vouloir de saborder ses lancers. Alors que cette règle aurait été nettement plus pertinente et efficace avec des anonymes qui se connaissent, plutôt que des partenaires d’une partie dont on n’a aucune idée du niveau. Je pense que c’est plus facile de pardonner une gouttière qui va vous handicaper au tour suivant à un ami, plutôt qu’à un people random dont vous ne savez pas s’il est suffisamment bon ou même s’il joue vraiment le jeu.


Là, en revanche, c’est moins glop.

Bref, vu comme ça, on tient un concept plutôt solide dans l’ensemble, même s’il est un peu répétitif à la longue.
Toutefois, il reste à savoir comment il va être mis au service des règles globales du jeu. Et à ce niveau-là, la structure va très fortement vous rappeler quelque chose…

Qui veut gagner des millions… avec du bowling

Ouaip, même en 2018, et alors que la formule QVGDM est tombée en désuétude depuis le début de la décennie, ça arrive encore d’avoir de nouvelles émissions qui y recourent. Je ne m’en plains pas, cela dit ; même si c’est une formule qui s’est usée avec le temps, elle reste tout de même efficace dans une certaine mesure.

Donc, oui, on va avoir une pyramide de gains avec 12 questions, avec chaque bonne réponse qui fera progresser d’un niveau dans la pyramide, et chaque mauvaise réponse qui sera purement et simplement éliminatoire. Sachant qu’ici, les questions sont systématiquement précédées d’un tour de bowling pour en déterminer la difficulté.
Je ne vais pas vous réciter à nouveau les avantages et inconvénients de ce genre de formule, je vous invite à lire mes critiques sur les jeux de ce genre ou mon article « Quelle est la meilleure façon de faire un jeu à la QVGDM ? » pour en savoir plus. J’ajouterai juste qu’en dépit du rajout du bowling dans l’histoire, on reste sur une formule naturellement lassante à la longue ; car même si le bowling est loin d’être un simple gimmick visuel et a une place totalement justifiée au sein de la mécanique, ça doit quand même être un peu répétitif de voir régulièrement des lancers de boules. Quoique, quand on voit que Chacun son tour est toujours autant suivi plusieurs années plus tard en dépit d’un concept tout aussi répétitif…


Cependant, j’apprécie la façon dont Strike essaie d’innover par rapport à son modèle de base, en proposant des règles qui lui sont majoritairement spécifiques. Le jeu n’est d’ailleurs pas avare en éléments ça et là qui le démarquent des autres jeux à la QVGDM.
On peut déjà citer, donc, les lancers de boules qui déterminent la difficulté des questions, ainsi que la possibilité de sauter des questions via les strikes ; mais ce n’est pas tout.

Il y a également la gestion des paliers, qui ne sont pas fixés dans la pyramide.
Ce sera en effet au candidat de décider, avant chaque question, s’il souhaite « cadenasser » son niveau en cours ; ce qui équivaut à le transformer en palier de sécurité (i.e. en cas de mauvaise réponse, le candidat repart avec le montant associé au dernier niveau cadenassé). Le candidat dispose de deux cadenas, qu’il peut utiliser à sa guise.
L’idée est intéressante, dans la mesure où elle demande au candidat de faire de nouveaux choix stratégiques. Elle n’est cependant pas totalement inédite, puisqu’on avait déjà une règle semblable dans Carbone 14, avec le gel des gains ; mais elle y sera un peu mieux exploitée.

Car je n’ai pas parlé de la possibilité de partir volontairement en cours de route, pour assurer son gain sans prendre de risque. Dans Carbone 14, cette possibilité était tout simplement inexistante, ce qui forçait le candidat à aller jusqu’au bout, et qui permettait alors de remporter soit le gain maximal, soit le gain gelé, sans autre alternative… pas terrinble.
Dans Strike, en revanche, le candidat pourra abandonner en cours de route et repartir avec son gain en cours ; mais seulement une fois les deux cadenas posés. Ce qui va donc sans doute un peu le forcer à utiliser ses cadenas assez rapidement, pour ne pas prendre le risque de tout perdre ; mais ça donne davantage d’intérêt à la possibilité de les placer soi-même.
En outre, il est impossible d’abandonner pendant une question, ou après avoir lancé les boules sur la piste. La décision doit être prise avant. Un peu mouais sur les bords ; mais au moins, le candidat connaît le thème de la question avant de prendre sa décision, donc ça passe.


Notez le cadenas, qui indique que la candidate bloque le palier au niveau de son choix.

Et qui dit QVGDM-like, dit bien évidemment jokers.
Certes, on peut considérer que le fait de moduler le nombre de réponses proposées est un peu un joker en soi, de même que la possibilité de sauter une question en faisant un strike… toutefois, ce n’est pas plus mal de donner un petit coup de pouce supplémentaire quand on en a besoin ; d’autant plus quand les questions restent imposées à chaque fois.

Et là encore, je reconnais que les jokers proposés arrivent à rester plutôt créatifs, en se remettant dans le contexte.
Ainsi, le fameux joker « appel à l’aide » ne prend pas la forme d’un coup de fil à un ami, au vote du public, etc. ; mais d’un smartphone, sur lequel faire une recherche en temps limité. Ce qui est d’ailleurs potentiellement plus fiable que de demander à quelqu’un dont on ne sait pas s’il aura une idée de la réponse (oui, j’ai toujours trouvé le coup de fil de QVGDM un peu surcoté, dans mes souvenirs ça arrivait fréquemment qu’il ne dépanne finalement pas le candidat…).
Et on a également un joker qui, cette fois, joue sur les lancers de boules : le joker Lagaf, qui consiste à faire lancer une boule supplémentaire sur la piste par l’animateur, pour renverser un peu plus de quilles et éliminer un peu plus de mauvaises réponses. Je ne suis pas spécialement fan des jokers basés sur l’animateur ; mais dans ce contexte, ça passe. Vincent Lagaf a quand même l’air de bien se débrouiller au bowling pour qu’il soit légitime dans ce rôle-là. Ca me semble en tout cas moins capillotracté que le « feeling de Camille » de QVGDM, qui insinuait quelque peu que l’animateur avait la science infuse sur tous les sujets…


J’apprécie qu’on puisse voir en parallèle la recherche effectuée sur le téléphone.

Enfin, on a également une question particulière qui peut survenir à tout moment : la question Cash.
Le déroulement du jeu pour cette question est le même qu’habituellement, avec deux lancers suivis de la question. Si le candidat répond correctement, il empoche l’argent restant dans la cagnotte, et cette somme lui est définitivement acquise quoi qu’il arrive ensuite. S’il se trompe ou ne répond pas dans le temps imparti de 10 secondes, il ne gagne pas d’argent sur cette question. Si un strike est réalisé sur la partie de bowling précédant la question, celle-ci n’est pas posée, et le candidat gagne immédiatement 300 €. Quel que soit le résultat, le jeu reprend ensuite son cours normal.
Bon, cette question est clairement davantage à voir comme un bonus qu’autre chose, car elle n’est pas spécialement indispensable à la mécanique ; mais pourquoi pas.

Total : 12/20

Strike ! est un jeu qui m’a à la fois agréablement surpris par sa structure… mais aussi conforté dans l’un des préjugés que j’avais à son sujet.
Du côté du positif, j’apprécie la façon astucieuse avec laquelle le jeu réinvente la formule « à la QVGDM », avec des idées qu’on n’avait alors pas ou peu exploitées jusqu’à présent : idée de subordonner le nombre de possibilités de réponse à un autre élément de jeu, jokers plutôt créatifs, possibilité de placer soi-même les paliers… si je ne m’en tenais qu’à sa mécanique, je trouverais ce jeu sincèrement bon.
Mais du côté du négatif, une fois n’est pas coutume, l’ambiance que le programme cherche à se donner gâche mon plaisir de visionnage. Même s’ils sont proactifs, je trouve que les people jouant avec les candidats ne servent à rien (voire peuvent se montrer irritants pour certains, de par leur vantardise potentielle et leurs capacités), et auraient pu être remplacés par des anonymes jouant en équipe ; le style d’animation de Vincent Lagaf donne du cachet, mais tend à être un peu intrusif par moments ; et c’est personnel, mais j’ai eu l’impression que, quelque part, ce jeu mettait presque un point d’honneur à conserver une image « beauf » (de peur de sortir le public habituel de la chaîne de sa zone de confort ?), ce qui ne m’a pas aidé à me sentir particulièrement investi dans mon visionnage (même si les différents épisodes étaient un peu inégaux à ce niveau-là).
En fait, ce jeu est très similaire à TLMASMAD dans mon ressenti : une très bonne base, que j’aurais pris plaisir à suivre indépendamment ; mais gâchée par l’ambiance lourde et dispensable que ça veut se donner. Par conséquent, j’ai trouvé Strike !… correct. Ce qui reste tout de même plus encourageant que le niveau habituel de la chaîne ; mais qui montre qu’elle a du mal à se défaire de ses mauvaises habitudes…

Et je pourrais en dire à peu près autant du jeu de la prochaine fois, d’ailleurs…


Sources informations en introduction :
https://www.programme.tv/news/actu/203232-vincent-lagaf-forme-une-vieux-couple-avec-tf1-et-nexclut-pas-de-revenir-au-bercail-video
https://www.voici.fr/news-people/actu-people/vincent-lagaf-son-emission-strike-suspendue-par-c8-651714
https://www.voici.fr/news-people/actu-people/vincent-lagaf-pourquoi-strike-deprogramme-en-catastrophe-revient-sur-c8-655898
https://www.programme-tv.net/news/tv/236273-vincent-lagaf-est-de-retour-sur-c8-strike-va-remplacer-touche-pas-a-mon-poste-cet-ete
Je m’appelais Franck, livre autobiographique de Vincent Lagaf
Un grand merci au passionné qui se reconnaîtra, et qui a compilé les sources nécessaires.

garsiminium

Enchanté, moi c'est garsim. Bienvenue sur mon blog, où je parle de différents sujets, légers comme moins légers.

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