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#040 – Qui veut gagner des millions ?

Qui veut gagner des millions ?. Un titre devenu un peu mensonger depuis le passage de la France à l’euro, le gain maximal passant de 4 millions de francs à un million d’euros… et, certes, vu la conversion franc/euro, le candidat est plutôt gagnant dans l’histoire (enfin, s’il parvient à aller jusqu’au bout du jeu, ce qui n’est arrivé qu’une seule fois en France depuis le passage à l’euro), mais on n’en a pas profité pour modifier le titre par la même occasion.
Bon, nonobstant cette explication qui justifie le pourquoi de ce troublant « des » dans le titre, QVGDM reste quand même un jeu suffisamment culte pour ne plus avoir besoin de le présenter. Et il va même plus loin que ça ; en effet, non seulement il a été un immense succès à son époque (les années 2000), mais il a également beaucoup influencé le PAF par la même occasion. De la même façon que Tout le monde veut prendre sa place a pu le faire par la suite ; sauf que le concept de QVGDM m’irrite beaucoup moins, lui
Néanmoins, même si je préfère très largement l’influence qu’a eu QVGDM sur les autres jeux par rapport à celle de TLMVPSP, je n’irais pas non plus jusqu’à dire que la formule de QVGDM était dénuée de défauts, ni qu’elle avait le potentiel d’être parfaitement intemporelle ; d’ailleurs, on a pu voir qu’au fil de la décennie 2010, cette formule est de plus en plus tombée en désuétude, non sans raisons.
Mais voyons donc comment ce programme avait pu provoquer autant d’effervescence à son époque…

Je précise que, pour la première partie de cette critique, je parlerai essentiellement de la version 2000-2016. Ce que le programme est devenu à partir de 2019, je le vilipenderai dans un second temps…

Qui veut gagner des millions version… Qui veut gagner des millions

Bon, cette fois-ci, je ne m’en sortirai pas en résumant le concept à « c’est du QVGDM-like », donc on va détailler davantage.

Avant les années 2000, les jeux pour lesquels les erreurs n’étaient pas éliminatoires étaient plutôt l’exception que la règle. Ainsi, si un candidat ne réussissait pas à répondre à une question correctement, ça restait souvent rattrapable.
Par ailleurs, les jeux qui se concentraient sur le parcours d’un seul candidat n’étaient pas légion non plus. En effet, on privilégiait le plus souvent une confrontation entre candidats, pour désigner un vainqueur ; et, au mieux, on se contentait d’une finale en solo pour affiner le gain du candidat.
Et enfin, on ne connaissait pas les formats « feuilletonnants », où on devait potentiellement suivre l’émission du lendemain pour savoir comment se terminait la session qu’on a commencée. Le plus souvent, une émission équivalait à une partie, et le seul élément un peu feuilletonnant qu’on pouvait avoir, c’était un système de champion (à une époque – bénie… – où le nombre de victoires n’était pas illimité) avec un candidat qui rejouait le lendemain.

Dans ce contexte, QVGDM apparaissait alors comme une révolution, en bouleversant un peu les codes habituels (j’aurais d’ailleurs pu rajouter également l’ambiance à mon énumération précédente, mais je vais garder ça pour un paragraphe ultérieur).
Ainsi, ce jeu va mettre en avant le parcours d’un seul candidat plutôt que d’une confrontation (enfin, pas complètement non plus, j’y reviendrai), dont le parcours tiendra potentiellement sur plusieurs émissions, et auquel on n’accordera aucun droit à l’erreur.

Et ce qui fait que ça marche, c’est que ces trois aspects sont finalement assez étroitement liés.
En effet, suivre le parcours d’un seul candidat n’a pas particulièrement d’intérêt en soi pour meubler une émission à part entière (… à moins d’en faire un format à la Fort Boyard, et encore, ça marche mieux avec une équipe plutôt qu’un seul candidat), car on perd l’enjeu du type « Qui va gagner ? » pour ne garder que l’enjeu du type « Combien va-t-il gagner ? ». Un bon enjeu en soi, mais pas forcément assez consistant pour faire reposer un concept à lui seul sur ses épaules.
D’où l’idée de rendre les erreurs directement éliminatoires, afin de rajouter davantage d’enjeu et de suspense potentiel. Ce qui va néanmoins impliquer un autre problème : si le candidat est amené à pouvoir perdre à n’importe quel moment, on n’a aucune garantie de pouvoir meubler tout un créneau horaire avec ça…
D’où le format feuilletonnant. Ainsi, on s’affranchit de la contrainte de la case horaire, pour que ce ne soit plus dérangeant que le parcours d’un candidat puisse durer aussi bien 5 minutes que 45 minutes. En plus de ça, ça permet de fidéliser un peu le public, qui voudra certainement savoir combien le candidat va gagner au final (et donc rallumer la même chaîne le lendemain à la même heure), donc c’est tout bénef’ pour le diffuseur. Enfin, ça l’était à une époque, car dans le courant des années 2010, les diffuseurs ont au contraire plutôt cherché à minimiser les jeux feuilletonnants dans ce genre-là…

Je me permets d’ailleurs de faire une petite parenthèse, pour insister sur le fait que le côté feuilletonnant a son importance pour ce genre de jeu.
En effet (et on en a déjà parlé), certains jeux comme Still standing et Money Drop (suite au reformatage tardif du format) ont cru bon de s’en passer, en pensant probablement que ça faisait fuir le spectateur… mais on a bien vu en pratique que ça rajoutait davantage de contraintes qu’autre chose pour les producteurs, pour s’assurer que le parcours d’un candidat puisse tenir sur un créneau horaire ; et ce, au détriment du naturel. Au mieux, on ressent une baisse d’enjeux, en se disant « Vu le temps d’émission qu’il reste, on peut deviner comment ça va se finir » ; au pire, on ressent les trucages grossiers pour que la production arrive à ses fins.
Donc, oui, même si c’est pénible pour certains spectateurs, le format feuilletonnant est bel et bien un indispensable pour ce genre de concept.


Comme les erreurs sont directement éliminatoires, imaginez si le format n’était pas feuilletonnant et que cette question intervenait à 20 minutes d’émission… on aurait fait comment pour meubler les 20 minutes qui restent ? En diffusant le parcours d’un candidat qui aurait fait son erreur au même moment ? Bonjour le suspense cramé à des kilomètres…

Néanmoins, on sent que le jeu n’assumait peut-être pas cette approche « révolutionnaire » à 100%, car il y a tout de même une petite phase de jeu plus « classique ».
En effet, le candidat dont on va suivre le parcours n’est pas choisi au hasard : en début de session, on nous présente dix candidats potentiels (qui seront renouvelés à chaque nouvelle émission), qui vont devoir répondre à une question de rapidité, consistant à remettre dans l’ordre demandé quatre réponses. A l’issue du temps imparti, on ne retient que les candidats qui ont classé les réponses correctement, et parmi ceux-ci, c’est celui qui a répondu le plus rapidement qui va jouer.
En soi, c’est l’approche exactement inverse de Que le meilleur gagne : au lieu de faire une sélection géante pour ne garder qu’un seul candidat et expédier ses gains potentiels en une seule question, QVGDM expédie la sélection en une seule question pour mettre davantage d’emphase sur son parcours personnel. C’est d’ailleurs assez cocasse que ces deux jeux aient en commun une succession de QCM à quatre possibilités de réponse, ainsi qu’une question plus spécifique où il faut mettre les quatre réponses dans l’ordre… mais en les exploitant de façon opposée.

Dans un sens, ça casse un petit peu l’approche « on ne suit qu’un seul candidat à 100% »… mais d’un autre côté, ça légitime davantage le fait de se focaliser sur le candidat, en montrant qu’il n’a pas usurpé sa place.
Bon, certes, une seule question de sélection, ça fait un peu léger ; mais le format choisi (remettre les quatre réponses dans l’ordre, plutôt que de juste donner la bonne parmi les quatre proposées) permet de ne pas faire reposer la victoire uniquement sur la chance (1 chance sur 24 d’avoir la bonne combinaison en répondant uniquement au hasard), donc ça passe un peu mieux.

On a donc établi le lien de cause à effet entre les différents ingrédients préalables à cette formule ; il s’agit à présent de l’affiner.

La pyramide des gains

Pour commencer, présentons le parcours que le candidat sélectionné devra suivre.
Celui-ci prendra la forme d’une série de questions (quinze, pour être plus précis), auxquelles il devra répondre une à une sans faire d’erreur, afin de pouvoir prétendre au gain maximal en jeu.
Toute bonne réponse le fera progresser dans la pyramide de gains qui est montrée au candidat ; mais la moindre erreur le fera chuter, et perdre les gains potentiels qu’il avait pu accumuler jusqu’ici.
En contrepartie, il dispose de garanties de sécurité, qui l’aideront à progresser et/ou à sauvegarder tout ou partie de ses gains. Je détaillerai un peu plus loin les outils qui l’aideront à progresser, pour me concentrer sur le reste ici.

D’une part, le candidat dispose tout de même de quelques filets de sécurité, nommés « paliers ». C’est-à-dire qu’après avoir répondu correctement à certaines questions spécifiques (respectivement la cinquième et la dixième), son gain est sanctuarisé, et il sera assuré de repartir avec la somme associée quoi qu’il arrive.
D’autre part, le candidat dispose à tout moment de la possibilité de s’arrêter à la question en cours, et de repartir avec les gains qu’il a accumulés (du moment qu’il n’a pas validé de réponse). Ce qui donne un côté un peu stratégique, le candidat pouvant alors décider d’être joueur ou non, sans le forcer à continuer jusqu’au bout s’il ne le sent pas.


La fameuse pyramide des gains. Notez les questions 5 et 10 d’une couleur différente : ce sont les paliers de sécurité mentionnés précédemment.

L’intérêt de cette pyramide repose sur le fait que la difficulté sera croissante pour le candidat. Autrement dit, si les premières questions sont très simples, plus on s’approche du million, plus elles deviennent corsées.
Une approche ma foi très logique, étant donné qu’elle appuie bien les enjeux croissants et les risques à prendre pour se rapprocher du but ultime… même si elle n’est pas sans défaut.
En fait, j’y vois personnellement deux défauts : un d’ordre plus objectif, et l’autre d’ordre plus subjectif.

Commençons par le plus subjectif : l’estimation du niveau de difficulté des questions.
Bon, ça, ce n’est pas spécifique à QVGDM : dans QPUC aussi (pour ne citer que lui, même si c’est loin d’être le seul), on a des évaluations « implicites » du niveau de difficulté des questions posées (pour le 9 points gagnants, la production ne décide pas au hasard si une question vaut 1, 2 ou 3 points).
Mais ça se remarque un peu plus dans un format à la QVGDM, où les erreurs sont éliminatoires, et où la progression du niveau de difficulté relève de cette approche subjective. Là où d’autres formats similaires comme Carbone 14 ou NOPLP version 1 ont trouvé des façons plus objectives de relever le niveau de difficulté (en jouant sur le nombre de repères chronologiques ou le nombre de mots à compléter) ; ou encore 100% logique qui fait estimer le niveau de difficulté de ses questions en les posant au préalable à un panel.

Cela dit, on constate généralement que le niveau de difficulté est bien progressif.
Le seul côté un peu dérangeant étant le fait que chaque candidat ayant des connaissances spécifiques, certaines questions pourront lui paraître plus difficiles qu’à d’autres. Par exemple, moi qui suis une quiche en culture ciné, j’aurais plus de mal à répondre à une question sur Les Visiteurs que quelqu’un qui a un minimum de connaissances sur le sujet ; et, à mes yeux, la question pourrait valoir 24 000 €, alors que pour d’autres, elle n’en vaudrait que 6 000.
Bref, on ressent davantage la part de chance de tomber sur des domaines plus ou moins parlants pour les candidats.


Par exemple, cette question est posée pour 24 000 € ; mais personnellement, avec un peu de réflexion, je l’aurais eue sans joker, contrairement à d’autres questions pour ce prix-là.
(En outre, le Capitaine Achab n’a rien à voir avec Jules Verne…)

L’autre défaut, d’ordre plus objectif, est le côté répétitif que ce schéma peut finir par induire.
En effet, comme on le disait, la progression du niveau de difficulté va crescendo, et on part de questions simples pour finir par des questions plus corsées.
Et au passage, quand je dis « simples », elles le sont réellement. Les cinq premières questions sont souvent réputées pour être là afin d’amuser la galerie (les réponses proposées étant souvent ridicules), plutôt que pour proposer un vrai challenge au candidat (on ne compte d’ailleurs en tout et pour tout, en 10 ans d’existence en VF, qu’un seul candidat qui n’a même pas atteint le premier palier). Mais bon, même si c’est un peu idiot sur les bords (ça reste TF1, j’ai envie de dire), la plaisanterie reste suffisamment courte pour que ce soit du divertissement léger acceptable qui me fasse sourire. C’est toujours beaucoup plus fluide que dans QLMG où on étend beaucoup trop ce gag durant une bonne partie de l’émission…

Mais même sans prendre en compte l’arrivée au premier palier, il peut y avoir un côté assez lassant à suivre les débuts des parcours des candidats, ceux-ci restant assez majoritairement sans grande surprise puisque les premières questions restent encore relativement simples, avec des enjeux moins élevés.
Il faut attendre encore un peu avant que ça ne devienne plus croustillant ; et cette phase d' »attente » peut avoir un côté un peu frustrant à la longue, même si elle reste nécessaire pour mieux savourer la fin de parcours du candidat.
Le parcours en lui-même n’étant pas inintéressant pour autant, puisqu’il poussera souvent le candidat à griller ses cartouches en route, lui laissant à disposition plus ou moins d’outils au bout d’un certain temps.


La production devait d’ailleurs être quelque peu consciente de ce second défaut, puisqu’en 2009, la pyramide des gains est rabotée, pour n’avoir plus que 12 questions au lieu de 15. Les trois questions rabotées sont celles à 200, 300 et 500 euros, les paliers et le reste de la pyramide ne bougeant pas.
Dans un sens, ça fait quand même bizarre et déséquilibré. On avait auparavant une certaine régularité dans cette pyramide de gains, avec des paliers atteignables au bout de 5 questions à chaque fois (… bon, techniquement, le million d’euros n’est pas un palier, mais ça reste la même idée) ; et d’un seul coup, le premier palier se retrouve atteignable au bout de seulement deux questions.
Bon, les questions sacrifiées restent tout de même celles qui valaient le moins, pour lesquelles y répondre relevait de la simple formalité, et qui étaient davantage là pour amuser la galerie que pour être prises au sérieux par le candidat ; donc, en soi, ce n’est pas une grosse perte de les voir disparaître. En outre, ça permet aussi d’arriver dans le vif du sujet un peu plus rapidement, et de gommer (légèrement) le défaut du début de jeu un peu poussif avec ses questions plus simples.
Mais bon, à ce stade, on aurait pu aller jusqu’au bout de l’idée, et on aurait finalement tout aussi bien pu supprimer complètement les questions précédant le premier palier, et faire démarrer le candidat directement à 1500 €. En fait, ce rabotage me donne l’impression que le programme était conscient qu’il fallait accélérer un peu son rythme en se débarrassant du superflu… mais qu’il n’assumait pas complètement cet état de fait non plus, comme si ça aurait manqué au public de ne pas poser quelques questions plus stupides (je sais qu’on est sur TF1, mais quand même…).
D’où cet arrangement de la pyramide de gains… perturbant. On part d’une bonne intention et c’est mieux que rien, mais on aurait pu finalement faire mieux.


Rassurez-moi, je ne suis pas le seul à être un peu perturbé en voyant cette pyramide rabotée ?

Ah, et sinon, c’est relativement anecdotique vu le peu de temps que ça a duré ; mais durant l’été 2010, les gains étaient partagés par un téléspectateur (parce que TF1 a dû trouver anormal que QVGDM soit l’un de ses seuls jeux à échapper à cette idée à la noix, j’imagine). Ca n’a certes pas duré longtemps, mais je déteste quand TF1 fait ça… parce que là, pour être honnête, il aurait fallu renommer l’émission en « Qui veut gagner un demi-million ? », zut !
Et surtout : c’est très sympa pour les candidats qui doivent composer avec le même niveau de difficulté des questions de précédents, pour gagner moitié moins d’argent que ceux-là… travailler autant pour gagner moins, on dirait presque que TF1 essayait d’exaucer le rêve d’un politicien ultralibéral.
Bref, s’il y avait bien un jeu à mon sens où il ne fallait PAS appliquer cette lubie de TF1, c’était celui-là, surtout quand ce n’est pas quelque chose qui était présent dès le début… mais bon, le jeu était en fin de vie à ce moment-là, donc c’est passé relativement inaperçu (heureusement…).


Au fait, petite parenthèse : à un moment, le jeu audiotel reprenait la question sur laquelle le candidat a préféré abandonner, en laissant 30 secondes pour répondre après l’abandon du candidat.
Bon, évidemment, chez soi, on peut vérifier plus facilement la réponse ; mais j’aime l’idée. C’est toujours moins stupide que les questions à deux possibilités de réponse, dont une complètement stupide… qu’on trouve même dans les jeux les plus sérieux comme
 Questions pour un champion.

Les jokers !

Un élément indispensable de cette formule, autrement ce serait un peu embêtant, les candidats étant tous loin d’avoir la science infuse et d’être en mesure de répondre à 15 questions consécutives sans se tromper.
Les jokers sont devenus tout aussi cultes que l’émission (du moins pour les trois qui sont présents depuis le début du jeu), à tel point que toute parodie qui se respecte ne peut pas passer à côté d’eux.
Néanmoins, « cultes » ne signifiant pas « parfaits », je me dois de souligner les quelques petits défauts qu’on peut leur trouver ça et là. Ce ne sont pas des défauts gravissimes, mais disons que par moments on aurait pu faire un peu mieux.

Commençons par le vote du public, qui consiste à laisser quelques secondes au public pour voter par boîtier, puis à dévoiler les statistiques de réponses données.
Les membres du public ne sont (heureusement !) pas obligés de proposer une réponse, d’ailleurs l’animateur insiste souvent sur le fait de ne voter que si l’on connaît la réponse. Même si, en pratique, ça n’est quasiment jamais arrivé d’avoir la bonne réponse donnée par 100% des votants… soit certains votent même sans la certitude d’avoir la bonne réponse, soit ils sont convaincus que leur réponse erronée est la bonne, soit on a des trolls.
Ce joker restait néanmoins le plus fiable parmi les trois jokers initiaux, la majorité du public ayant assez souvent raison (enfin, en dépit de quelques fois où le public se plante quand même…). C’est pour ça que ça m’a toujours un peu surpris que les candidats utilisent le plus souvent ce joker-là en premier… bon, il en faut bien un, mais dans mes souvenirs, les autres jokers ont rarement été utilisés dès le début.


Bon, là, c’était l’une des fois où le public s’est royalement fourvoyé. Insérez ici la théorie complotiste de votre choix…

Passons ensuite au coup de fil à un ami, qui est un joker que je trouve… au contraire, légèrement surestimé.
Pour celui-ci, le candidat a le droit d’appeler un ami (enfin… pas directement, c’est la régie qui le fait pour lui, avec des numéros qu’il a donnés au préalable), et disposera de 30 secondes de communication avant que l’appel ne soit brutalement coupé (sans forcément dire au revoir, pas très poli tout ça…).
Quand je dis que je trouve ce joker légèrement surestimé, je reconnais que c’est subjectif, et que c’est également par rapport aux souvenirs que j’ai de l’émission. En effet, même s’il a été très utile à pas mal de candidats (surtout quand ils disposent de spécialistes parmi leurs connaissances), j’ai quand même eu l’impression qu’il était souvent un peu moins efficace que le vote du public…
Et puis… bon, à l’époque, ça devait être un peu moins fréquent vu que c’était moins répandu ; mais de nos jours, ça serait assez facile que l’ami aille vérifier sur Internet pendant l’appel, même si je reconnais qu’en 30 secondes (et encore, auxquelles il faudrait retrancher le temps de poser la question), il a intérêt à taper vite au clavier ou sur son smartphone.
Mais sinon, ça reste quand même une bonne idée de joker sur le principe… quand on ne cherche pas à la dupliquer à outrance (j’y reviendrai).


Oups. Plus de forfait. On doit vous raccrocher au nez, monsieur le joker téléphonique du candidat.

Pour l’instant, je n’ai parlé que de jokers « subjectifs », dans la mesure où ils ne garantissent pas forcément d’être aiguillé vers la bonne réponse ; aussi, parlons à présent de jokers qui viennent trancher de façon nette, à commencer par le 50/50.
Pour ce joker-là, c’est simple : lorsque le candidat le demande, l’ordinateur va supprimer au hasard deux mauvaises réponses parmi les trois, laissant alors au candidat un QCM à seulement deux possibilités de réponse. C’est clair, c’est net, pas de chipotage.
Quelque part, c’est le joker le plus tentant à utiliser lorsque le candidat hésite entre deux propositions en particulier… mais le problème, c’est que ce joker repose surtout sur la chance ; aussi, le candidat n’a aucune garantie que ce joker va l’aider à éliminer l’une des réponses avec laquelle il hésitait… bref, ça reste un peu à géométrie variable, même si ça peut toujours servir dans plusieurs cas de figure.
C’est probablement pour cette raison-là que d’autres pays ont fini par lui privilégier le « Double dip » (pas de traduction française du coup, vu que ce joker-là n’a jamais été mis en place en France), dont l’idée est un peu la même, bien que ce joker-là soit plus contraignant. Le Double dip permet en effet à un candidat de pouvoir valider une seconde réponse, au cas où il se tromperait sur la question ; ce qui a l’avantage de véritablement trancher les cas d’hésitation entre deux réponses (enfin, dans le cas de figure où la bonne réponse fait partie de celles entre lesquelles le candidat hésite, bien sûr), là où c’est du deux chances sur trois pour le 50/50. Mais en contrepartie, une fois le joker joué, le candidat doit impérativement jouer la question (pas de possibilité de s’arrêter là), et ne peut pas utiliser un autre joker. Personnellement, je trouve que ça aurait été une bonne idée de le mettre en place par chez nous… mais bon, tant pis.


Bon, là, c’est le genre de cas où, ÉVIDEMMENT, le 50/50 a gardé les deux réponses les plus évidentes (les autres étaient « Elle le cache » et « Les autres tombent », ce qui me semblait personnellement moins probable). Si c’était moi qui avais eu droit à cette question et ce 50/50, croyez bien que j’aurais râlé…

Et comme les trois mousquetaires étaient en réalité quatre (… ou cinq, pour ceux qui ont suivi la série Albert le 5e mousquetaire), un quatrième joker a fini par apparaître en 2006 : le Switch. Aucun lien de parenté avec la console de Nintendo (voilà, le calembour foireux et prévisible, c’est fait).
Ce joker est un peu un mal-aimé, dans la mesure où il est resté moins longtemps que les trois autres, en raison de son apparition plus tardive, mais également de sa suppression lors du reformatage de la pyramide des gains en 2009. Bref, il est moins resté dans les mémoires… alors que, personnellement, c’est peut-être celui dont j’apprécie le plus l’idée.
En effet, le Switch ne va pas aider le candidat à répondre à la question posée… mais carrément à changer de question ! Sans possibilité, évidemment, de revenir à la question passée, puisqu’on en dévoile la réponse dès l’activation avant de passer à autre chose.
C’est un joker qui permet de pallier un peu l’un des problèmes de la rigidité de la formule QVGDM, et le côté frustrant de voir un candidat piétiner sur une question au sujet de laquelle il n’a aucune idée ni piste de réflexion. Bon, c’est un joker à usage unique (comme les autres), mais c’est mieux que rien. Là, au moins, le candidat peut assumer de ne pas être compétent au sujet de la question, et tenter sa chance sur autre chose. Enfin, même si cette « autre chose » ne garantit pas forcément que le candidat sera plus compétent dessus…
Oui, ça reste quand même le problème du Switch : on ne sait pas vraiment dans quoi d’autre on s’engage quand on l’utilise, et la nouvelle question peut s’avérer plus décevante que la précédente. Il faut donc surtout voir ce joker comme une échappatoire sur une question au sujet de laquelle le candidat sait qu’il n’en tirera rien ; sinon, il pourra paraître assez frustrant si le candidat avait une intuition qui aurait pu s’avérer être la bonne…

Sinon, le Switch a également la particularité d’être le seul joker (en version française, du moins) à ne pas être donné au candidat dès le début de son parcours. Il n’apparaît en effet qu’une fois le premier palier franchi.
Autant j’aime beaucoup l’idée d’avoir des jokers déblocables au fur et à mesure de la progression du candidat… autant dans ce cas de figure précis, ça ne change pas grand-chose, étant donné qu’atteindre le premier palier ne représente pas de difficulté particulière (ça arrive qu’un candidat ait besoin d’un joker sur les cinq premières questions, mais ça reste quand même très peu fréquent…). Donc je n’ai pas trop compris pourquoi ne pas avoir donné ce joker dès le début. Flemme de la part des producteurs de devoir écrire des questions supplémentaires ? (… en sachant tout de même que les questions en question sont non seulement pas très finaudes, mais qu’elles ont de plus moins de chances d’être sollicitées pendant cette phase de jeu-là ?)
C’est dommage, ça aurait été plus pertinent de proposer un joker supplémentaire à un stade plus avancé de la partie, pour donner un véritable regain d’intérêt au parcours du candidat.


Manque de chance pour le candidat : son intuition était la bonne, mais comme il a souhaité changer de question, cette réponse ne comptera pas.
Au passage, la version française n’était pas très inspirée pour l’icône représentant le Switch. Dans d’autres versions, on a deux flèches disposées en rond l’une vers l’autre, appuyant davantage le côté « remplacement ».

Bref, tout ce paragraphe pour dire que si les jokers de QVGDM restent plutôt bien pensés et suffisamment complémentaires, ils restent toutefois perfectibles ; et là encore, d’autres jeux qui suivront la formule QVGDM par la suite réussiront à proposer des jokers un peu mieux calibrés.

Néanmoins, si QVGDM est défini par sa pyramide de gains ainsi que par l’importance de ses enjeux, un autre ingrédient lui semble également indissociable…

L’ambiance pesante…

Eh oui, là encore, ce n’était pas quelque chose de particulièrement courant dans le PAF avant l’arrivée de ce jeu.
En fait, jusque dans les années 90, on associait plutôt l’ambiance des jeux TV à quelque chose de jovial, de convivial, etc. (parfois même trop, comme QLMG…) car c’était jugé divertissant. Certains jeux comme Pyramide ou Des chiffres et des lettres pouvaient paraître davantage sérieux ; toutefois, leur sérieux restait là encore assez conventionnel, et donnaient une impression davantage studieuse, ce qui ne convenait pas particulièrement à une atmosphère de « grand spectacle » comme pouvaient le faire d’autres jeux.

Le principe de QVGDM induisait déjà davantage de suspense de par sa mécanique ; mais afin de conforter ce ressenti, on lui a adjoint une ambiance plus froide.
Ainsi, on a un plateau sombre, avec des effets de lumière bien synchronisés avec les jingles sonores, où le candidat va se retrouver seul au milieu de l’arène, en compagnie de Jean-Pierre Foucault. Jean-Pierre Foucault qui parvient d’ailleurs très bien à tenir la boutique, en sachant garder son sérieux quand il le faut, et utiliser des répliques plus joviales à meilleur escient de temps à autre. Pour le coup, c’était un très bon choix d’animateur (et je ne pourrais pas en dire autant pour la suite… j’y reviendrai).


J’aime cette disposition du plateau et ses jeux de lumière.

Mais comment parler de QVGDM sans parler de sa bande son, signée Keith et Matthew Strachan, dont j’avais déjà parlé au sujet du Numéro gagnant.
En toute sincérité, je pense que le générique et la bande son de QVGDM doivent très certainement faire partie du top 3 des bandes son les plus identifiables et caractéristiques en matière de jeux TV ; et qu’elle a beaucoup contribué à la gestion du suspense dans ce jeu.
On alterne entre des musiques plus posées pendant la réflexion, mais qui maintiennent tout de même la tension (avec des battements de coeur prononcés) ; et des musiques à suspense, qui réinventent bien le roulement de tambour, et qui aboutissent à un soulagement ou à une déception selon le résultat à la question posée. Le tout avec une montée en puissance au fil du jeu, au fur et à mesure que les enjeux augmentent.
Et bien qu’on ne l’ait pas entendu en France à ma connaissance, l’effet sonore joué lorsqu’un candidat se trompe sur la question à un million m’a vraiment glacé le sang. C’est sans doute la première et unique fois qu’un jeu télévisé m’a vraiment angoissé rien que par sa bande son, et c’est dire si la montée en puissance au fur et à mesure de la montée des enjeux était efficace.

Sinon, pour continuer à parler de l’habillage, parlons de ce qui apparaît à l’écran. L’habillage de ce jeu a connu deux versions différentes.
Originellement, les éléments d’habillage sont très sobres et austères là encore. Du noir, du bleu… et des touches plus orangées de temps à autre, notamment associées aux gains, qui se font un peu plus rares, mais qui marquent les quelques éléments positifs pour le candidat (plus le vert, pour indiquer la bonne réponse, tout de même). Pour moi, c’était un habillage simple, mais efficace, qui convenait très bien à l’ambiance que ce jeu cherchait à se donner. Même si je conçois le côté « présentation PowerPoint de Microsoft Office 2003 » qu’il pouvait renvoyer aux yeux de certains…

En revanche, si j’avais quelque chose à vraiment reprocher à cet habillage originel, ce serait son premier générique (du moins visuellement, la musique reste géniale). Je ne comprends pas l’idée derrière. On a juste des projections de lumière sur des gens, qui regardent d’une manière fascinée le logo de l’émission en train d’apparaître.
Je vois difficilement le rapport avec le concept du jeu, et j’y vois surtout une sorte de caressage d’ego en mode « Wouah, ça a l’air trop bien ce jeu ! ». Et ok, ce jeu a des atouts à faire valoir, clairement ; mais de là à ce que le générique lui-même l’insinue d’une façon aussi peu subtile… je ne suis vraiment pas fan de l’idée.

« Wouah, çe logo est tellement magnifique et nous illumine qu’on prend une posture ébahie ! »
Je comprends vraiment pas ce délire…

Je suis en revanche un peu moins fan du second habillage pour lequel l’émission a fini par opter.
Bon, je conçois tout à fait qu’il fallait le faire un peu évoluer, car même sans être affreux (loin s’en faut), l’habillage originel n’était pas non plus un parangon d’intemporalité. Mais le nouvel habillage me donne justement encore plus l’impression d’être spécialement adapté pour son époque, ce qui fait qu’il vieillit paradoxalement un peu moins bien selon moi…
Cette fois-ci, on cherche à casser un peu le côté sombre du programme, tout en restant dans la sobriété : aussi, on abuse un peu moins du noir, pour le remplacer par du violet, auquel on donne un léger effet glossy ; et on agrémente le tout de quelques effets de mouvement supplémentaires, qui n’étaient pas présents à la base. Côté plateau, celui-ci est également un peu plus lumineux, mais avec des teintes bleutées qui restent donc assez froides.

C’est plutôt côté sonore que je suis un peu plus dérangé. Histoire de rafraîchir la bande-son, on a cherché à accentuer son ambiance ; mais du coup, elle en devient un peu trop… festive. Sans aller jusqu’à dire qu’on pourrait diffuser la musique du générique dans une boîte de nuit, j’ai un petit peu plus de mal à discerner le côté « sérieux » de celle-ci.
En parlant du générique associé à cet habillage, cependant, je préfère davantage le visuel de celui-ci. C’est un peu plus classique et rentre-dedans au niveau de ce que ça veut véhiculer ; puisqu’il se contente de montrer les jokers mis à disposition pour le candidat, suivi de la pyramide des gains qui monte de plus en plus. Mais c’est efficace, et surtout moins prétentieux à mon sens que les premiers génériques qui ont été faits.

Bref, comme je le disais, je suis globalement moins fan de ce second habillage… mais ce n’est pas un habillage affreux non plus. On casse légèrement la sobriété du premier, mais ça reste assez léger, le choix de la charte graphique violette restant suffisamment sobre pour que ça ne me donne pas l’impression de trahir l’ambiance recherchée ; et la bande son employée est certes plus enjouée, mais elle s’écoute, et j’ai connu largement pire comme tentative de remise au goût du jour d’une musique qui a pris un peu d’âge (Être une femme 2010 de Michel Sardou, par exemple, qui est vraiment une horreur auditive en comparaison du titre originel…).


Et c’est là qu’on va arrêter de parler de l’âge d’or du programme, pour se pencher sur sa déliquescence… et ça va être moins agréable.

… du moins quand TF1 n’en fait pas n’importe quoi.

Vous savez quoi ? J’ai une aversion toute particulière envers les producteurs et/ou les décideurs qui font « évoluer » un format de la façon la plus insultante qui soit, c’est-à-dire en faisant fi de leur substance et de ce qui les rendait véritablement cultes, pour ne les résumer qu’à des émissions d’ambiance lambda et bas de gamme qui auraient tout aussi bien pu avoir leur propre identité au lieu de souiller celle de vénérables institutions télévisuelles.
Et Dieu sait qu’en France, on a dû s’en coltiner, des formats qui ont été dénaturés durant les années 2010 par rapport à leur âge d’or, pour les rendre soi-disants plus « divertissants » : Le maillon faibleLe grand concoursFort Boyard (qui serait très facilement le numéro 1 de ma liste des pires régressions de mentalité de programmes) ; et, donc, QVGDM.

En effet, si l’arrivée de QVGDM dans le PAF avait provoqué un effet « Waouh ! » au point d’instaurer davantage d’ambiances plus sobres et austères dans certaines émissions, ça a été de moins en moins le cas à la longue. En particulier durant les années 2010, qui ont vu les dernières tentatives du genre à ce jour pour TF1 : un Money Drop qui avait certes bien démarré la décennie, mais fini par dévisser ; et un The Wall qui, nonobstant ses forts enjeux, n’a pas su suffisamment convaincre le public pour rester en place.
Et dans ce contexte, QVGDM a fini par, lui aussi, s’estomper de plus en plus durant cette décennie-là… sans réellement complètement disparaître toutefois. Si la version quotidienne semble presque définitivement enterrée à la fin de l’année 2010, le programme revient toutefois plus occasionnellement lors de primes, en particulier pour le Sidaction ou les Pièces jaunes, qui dureront jusqu’en 2016.
Mais, forcément, qui dit « déclinaison en prime » dit « people » (enfin, pas complètement non plus, il y a déjà eu une version avec des grands gagnants de jeux TV accompagnés de « leur » animateur… ce qui a été l’occasion de voir Jean-Pierre Foucault en tant que candidat et Laurence Boccolini présenter une partie de l’émission, c’était plutôt intéressant), donc je vous laisse imaginer ce que j’aurais pu penser de ces émissions-là…
Bref, comme j’en ai un peu marre de le répéter, pour la faire simple, on met l’ambiance sobre et sombre un peu plus en arrière-plan pour mettre davantage en avant les people-candidats. Bon, ça n’avait rien d’affreux, cela dit (surtout comparé à un TLMASMAD ou un Marathon des jeux TV) : on continue quand même à ressentir les enjeux, les people en sont conscients et font généralement moins les mariolles ; de fait, ces émissions étaient tout à fait regardables, largement plus que d’autres émissions avec des people qui me donnent envie de jeter ma TV par la fenêtre au bout de dix minutes…
Mais bon, ce n’est pas ce qui m’intéressait le plus dans une émission estampillée QVGDM ; aussi, ce ne sont pas des émissions auxquelles j’ai prêté beaucoup d’attention, et c’est pour ça que je n’en ai quasiment pas parlé dans cette critique.

Question à 800 € avec Claire Chazal et Nikola Sirkis
Par exemple, comme ce sont des people, ils vont plaisanter un peu plus sur l’absurdité des réponses données, ce qui fait qu’on va prendre 4 fois plus de temps pour répondre à la question à 800 euros qu’avec un anonyme… quand je disais tout à l’heure que les plaisanteries les plus courtes étaient les meilleures…

Non, ce qui va m’irriter va plutôt arriver vers la fin des années 2010.
En effet, alors que ça faisait un peu moins de trois ans que l’émission ne donnait plus aucun signe de vie (et que TF1 avait relégué la tâche de faire des émissions spéciales Pièces jaunes au Grand concours… vous trouvez ça absurde ? Moi aussi.) : surprise, en 2019, l’émission revient. Une bonne nouvelle ? … finalement, non.
Tout d’abord, Jean-Pierre Foucault annonce qu’il arrête la présentation du jeu ; on ne le reverra que lors du retour du programme, pour présenter un dernier numéro, durant lequel il passera officiellement le relais à un autre animateur. Bon, il n’y a rien d’embêtant à voir Jean-Pierre Foucault passer à autre chose et vouloir réduire sa présence à l’antenne, bien sûr (c’est sûr que quand on fait la comparaison avec un Michel Drucker qui ne veut pas lâcher l’affaire, c’est tout à son honneur) ; et un changement d’incarnation passe d’autant plus naturellement quand c’est l’animateur lui-même qui décide de tourner la page, plutôt que lorsque la direction des programmes le force à le faire. N’est-ce pas, France TV version Delphine Ernotte ? (… qui n’a pourtant toujours pas daigné pousser Drucker vers la sortie, alors qu’elle avait pris beaucoup moins de pincettes avec d’autres incarnations pour moins que ça. Logique à deux vitesses, comme d’habitude.)
Bref. Qui donc pour remplacer Jean-Pierre Foucault ? Peut-être Laurence Boccolini, qui s’était déjà prêtée à l’exercice, qui excelle dans ce genre de style d’animation, et qui est plutôt sous-exploitée par TF1 depuis l’arrêt de Money Drop ? Non, non. Ce sera une nouvelle recrue, fraîchement débarquée de C8, que TF1 aura d’ailleurs plutôt surexploitée dès son arrivée.
Je vous présente donc Camille Combal, qui fait des activités télévisuelles (et radiophoniques) depuis 2006, et qui a commencé sa carrière auprès du groupe NRJ (via NRJ12, pour la partie TV qui nous intéresse), pour la poursuivre sur W9, puis sur D8/C8 où celle-ci décollera, jusqu’à attirer l’attention du directeur des programmes de TF1, qui lui proposera quelques émissions à présenter sur la chaîne. Non, en fait, la direction de la chaîne n’y ira pas de main morte, et cherchera à le caser dans un bon nombre de leurs émissions. Après tout, pourquoi vouloir quasiment tout confier aux mêmes personnes, alors que TF1 regorge d’animateurs travaillant pour cette chaîne depuis longtemps mais qui sont devenus quasiment placardisés… pas étonnant que Laurence Boccolini ou Carole Rousseau ont fini par claquer la porte.

Excusez-moi, je digresse, et je laisse apparaître par la même occasion un ton très sarcastique.
Mais bon, entendons-nous bien : je n’ai rien contre Camille Combal. Et je n’irais pas jusqu’à dire qu’il a fait un mauvais travail à l’animation de QVGDM… mais il reflète assez bien le problème que j’ai avec la façon dont l’émission a « évolué », c’est-à-dire une version qui se veut moins anxiogène et plus détendue.
Et le problème ne vient pas spécialement de lui, mais plutôt de la façon dont les diffuseurs ont voulu proposer une « nouvelle version » du programme. Autrement, ceux-ci auraient plus naturellement fait appel à un animateur ou une animatrice dont la personnalité aurait davantage collé à celle de Jean-Pierre Foucault, plutôt qu’à un animateur qui s’était surtout fait connaître pour des émissions à l’ambiance plus légère.
Donc, dans ce contexte… il est finalement tout à fait normal que le changement d’animateur ait aussi apporté un changement de style. Ce qui est ici embêtant, dans la mesure où QVGDM, à mon sens, n’est pas un format particulièrement adapté à ce style-là… je peux encore concéder que certains préfèrent ce QVGDM en version plus légère que durant son âge d’or, mais je trouve que ça reste un sacré gâchis de potentiel.


La bande-annonce donnait un peu le ton… on remontre l’ambiance forte des années 2000, mais on la fait se terminer de façon plus décontractée. Ca mettait la puce à l’oreille sur ce qu’il fallait attendre de ce revival…

Cela dit, ce retour de l’émission n’a pas été véritablement couronné de succès.
Difficile de dire si le changement de ton en a été la raison principale… mais la programmation quelque peu chaotique a dû y être pour quelque chose, elle aussi.
En effet, le jeu est revenu sous la forme de quelques primes, mais aussi d’une (courte) session en quotidienne, durant laquelle on pouvait avoir, pêle-mêle, des anonymes jouant en solo, des anonymes jouant en duo, et des people jouant pour des associations. Traitez-moi de psychorigide si vous voulez, mais franchement, ça fait vraiment désordre au possible pour ce genre de format… et le tout à 18h15, ce qui n’est pas vraiment l’horaire idéal pour ce genre de programme (c’était d’ailleurs l’horaire de diffusion de sa dernière salve quotidienne durant l’ère Foucault), d’autant plus pour une case qui avait perdu l’habitude de voir des jeux à cette heure-là…

Et au niveau des évolutions de règles… bien qu’il y en ait relativement peu, là encore, ça ne va pas forcément dans le bon sens.
Déjà, exit la question de sélection du candidat qui va jouer, étant donné qu’on a préféré privilégier le format foutraque qui mélange allègrement anonymes en solo, anonymes en duo et célébrités. Bon, en soi, pourquoi pas, je reconnais que cette sélection n’était pas spécialement nécessaire pour la formule ; même si c’est dommage que ce soit parce que le diffuseur a préféré rendre le casting fourre-tout au possible. Bon, pour être honnête, la saison 2010 avait déjà supprimé cette question de sélection (parce que… parce que.), donc ce n’est pas une spécificité de la version Combal ; mais celle-ci rend encore moins probable le retour de la question de sélection de par ce fait.
La pyramide de gains repasse à 15 questions ; toutefois, elle est moins généreuse. Comme pour Au pied du mur, on profite de quelques années d’absence pour gratter discrètement (ou pas, vu que depuis le temps, le public avait fini par connaître les gains en jeu…) du fric sur certaines questions. En particulier, le premier palier ne vaut plus que 1000 € (au lieu de 1500 €) et le second n’en vaut plus que 24 000 (soit deux fois moins que lorsqu’il était à 48 000 €). Seuls les gains à partir de la treizième question restent inchangés (mais bon, vu le peu de candidats qui l’atteignent, de toute façon…). Bon, après, ça reste honnête quand même ; mais, forcément, quand on compare ça à la situation précédente, c’est un peu la dèche, si j’ose dire…


S’ils étaient venus une décennie plus tôt, ils auraient pu gagner davantage… (même sans le nouveau joker)

Enfin, le candidat retrouve un quatrième joker… qui n’est malheureusement pas le retour du Switch, mais le « feeling de l’animateur », qui consiste à… demander à l’animateur ce qu’il pense de la question en cours. Un joker qui consiste à demander l’avis de quelqu’un d’autre, c’est original dites-moi… enfin, ça l’aurait été s’il n’y avait pas déjà le vote du public et le coup de fil à un ami ; portant ainsi le nombre de jokers consistant à demander un avis extérieur à 3 sur 4. Pas très diversifié, tout ça…
Et outre ce manque d’originalité flagrant, je trouve ce joker un tantinet stupide en soi. Certes, on nous certifie qu’on ne souffle pas dans l’oreillette de l’animateur, et que rien ne s’affiche sur son écran… mais ça me semble quand même pas très difficile à truquer si on le voulait.
Et puis bon, au moins, le Vote du public et le Coup de fil à un ami ont une logique : le premier permet d’avoir un avis global, de la part de ceux qui sont censés théoriquement connaître la réponse (l’animateur insiste sur le fait de voter uniquement si l’on sait) ; quant au second, les candidats savent quand même plus ou moins dans quels domaines leurs amis s’y connaissent, et à qui s’adresser pour maximiser leurs chances de réussite. L’animateur de l’émission, en revanche, comment le candidat est censé savoir sur quoi il est calé, et s’il est apte à avoir une idée de la réponse ? Autant poser la question à son dentiste ou à la conseillère d’orientation du collège où sa fille fait ses études…
Bon, pour le coup, c’est la version originale qui est à blâmer, car ce n’est pas la version française qui l’a inventé. Mais quand même, parmi tous les jokers qui ont été imaginés au fil du temps par les différentes versions de ce jeu à l’international, pourquoi a-t-il fallu choisir celui-là en particulier, franchement…


Bon, c’est la question à 150 000 euros certes, et c’est le seul joker qui reste aux candidats certes… mais l’animateur a explicitement avoué qu’il préférerait ne pas leur dire de bêtise, et qu’il n’avait absolument aucune certitude quant à sa réponse, qu’il aurait donnée un peu au pif. Quel joker utile…
(même si par honnêteté intellectuelle, je me dois de préciser qu’il a aiguillé les candidats vers la réponse A, qui était finalement la bonne. Mais bon, il a tellement insisté sur le côté « J’en sais rien, je suis absolument pas sûr » que franchement…)

Bref, vous l’aurez compris : cette version ne m’a vraiment pas emballé.
Entendons-nous bien : intrinsèquement, ça reste un jeu correct, qui tient la route. Mais la comparaison avec ce que l’émission était durant son âge d’or fait vraiment mal, parce que celle-ci avait réussi à développer une aura que ce revival n’a pas eue pour moi. Tout ce que j’ai vu dans cette tentative de remise au goût du jour n’est qu’une régression par rapport à ce que le programme avait à proposer à son meilleur niveau, parce qu’on avait envie de surfer encore un peu sur cette gloire passée mais sans pour autant assumer complètement ce qui faisait que ce jeu la méritait.
Et pourtant, on pouvait faire encore pire que ça…

Qui veut gagner des millions à la maison ? ou la désacralisation totale du format…

Car ce semi-échec n’a pas empêché le programme de revenir l’année suivante, en 2020… pour mettre le dernier clou à son cercueil.

Vous le savez, l’année 2020 était une année particulièrement pourrie (et je n’ai pas besoin de réexpliquer pourquoi, je pense), avec des conséquences qui ont marqué beaucoup de domaines, y compris la TV.
Et avant que les conséquences ne soient l’omniprésence de vitres en plexiglas, de masques malaisants pour les membres du public (enfin, surtout pour les productions Banijay/Air Prod…), et de Laurence Boccolini qui rappelle à chaque numéro de Mot de passe qu’ils respectent les règles de distanciation sociale, il y a eu aussi une conséquence sur la programmation pendant le premier confinement, avec l’impossibilité de tourner des programmes autrement que depuis chez soi (sauf exceptions d’intérêt majeur comme les JT).
Dans ce contexte, TF1 a préféré suspendre la diffusion de son soap devenu habituel, pour y mettre dans un premier temps des émissions de reportages (… qui ont très rapidement bidé), puis une version « à la maison » de QVGDM, faite avec les moyens du bord.

La première modification visible fut donc le fait de voir les candidats… jouer chez eux. De même que Camille Combal présenter l’émission… de chez lui. Ok, ils ne pouvaient pas faire autrement, mais passer d’un plateau de jeu avec des effets de lumière somptueux et appuyant une ambiance solennelle à une réunion en visio de collègues en télétravail… pour résumer ça en un seul mot : aïe.
Les candidats, parlons-en vite fait : ce sont des people, parce qu’on joue pour des associations (pour les hôpitaux).
Mais on joue avec… des enjeux restreints. En effet, le gain maximal n’est plus d’un million d’euros, mais seulement de 300 000 €. A ce stade, la seule solution pour continuer à justifier le « des millions » présent dans le titre, c’est de compter l’argent en centimes. La plupart des gains est encore revue à la baisse, la treizième question ne valant plus que 50 000 €, soit à peu de choses près, le montant du second palier d’antan… second palier qui vaut désormais la coquette somme de 12 000 €. Encore une fois, la comparaison fait vraiment mal…
Enfin, pour des raisons évidentes (et compréhensibles vu le contexte), le vote du public n’est pas présent dans cette version-là. On le remplace alors par l' »appel à la maison », qui est en fait… l’équivalent du coup de fil à un ami, mais avec un téléspectateur lambda tiré au sort à la place de l’ami. Je ne pensais pas qu’on pouvait rendre les jokers encore plus redondants entre eux ; mais vous l’avez fait, toutes mes félicitations. Franchement, si vous aviez besoin d’un quatrième joker, vous auriez quand même pu ressortir le Switch plutôt que ça…


Ah ouais, je ressens vachement toute la grandeur et tout le spectacle qu’a à offrir QVGDM avec ce split screen proposé en direct de chez l’animateur et le candidat, là…

Que dire… en soi, j’ai envie de dire que ce n’est pas si affreux que ça non plus intrinsèquement. Que l’intention de proposer du contenu était louable, surtout pendant une période de confinement, où les diffuseurs pouvaient difficilement proposer de l’inédit, et au profit d’une association qui risquait d’être davantage sollicitée au vu du contexte sanitaire. Qu’on a su bricoler quelque chose malgré les moyens techniques limités.
Mais bon, indépendamment du contexte… on parle toujours de QVGDM là. J’aurais été beaucoup moins peiné si TF1 avait privilégié un format davantage sur mesure (comme France 3 l’avait fait avec Jouons à la maison), plutôt que d’achever de désacraliser ce jeu-là en le traitant comme un bouche-trou, alors qu’il était bien plus que ça 20 ans plus tôt. Passer d’un jeu qui a instauré une ambiance solennelle et un suspense notable, à quelque chose qui paraît bricolé et qui a énormément perdu en saveur, c’est juste désolant.

Cette version a tout de même plus ou moins perduré après le premier confinement, puis l’animateur a fini par réintégrer le plateau de jeu… mais pas forcément les candidats, donc on avait un plateau quasiment vide, avec juste un animateur qui parle à un écran en face de lui. A moins que Camille Combal en avait assez qu’on pénètre dans l’intimité de son domicile, je ne vois vraiment pas l’intérêt d’avoir fait ça…
Puis comme les téléspectateurs, déjà pas franchement emballés dès le départ par cette version-là, ont fini par se désintéresser encore davantage du jeu, TF1 a fini par déstocker en quelques primes les numéros qui leur étaient restés sur les bras, et tournés dans les mêmes conditions, achevant donc la descente aux enfers de QVGDM sur la chaîne dans l’indifférence générale et sans aucun panache particulier.


J’ai presque envie de dire que ce plateau des derniers tournages est une métaphore de ce que l’émission a fini par devenir : une coquille vide…

Total : 15/20

Qui veut gagner des millions ? peut clairement être considéré comme un grand classique des jeux TV, au vu de l’influence qu’il a eu, de son innovation pour le genre à l’époque, de son ambiance mythique, et de la structure de jeu qui tient très bien la route globalement… même si c’est un format qui reste quand même un peu lassant à la longue, et qu’on a pu voir par la suite des jeux qui l’exploitaient avec de nouvelles idées intéressantes et laissant davantage de liberté au candidat.
Ce qui fait que le format de QVGDM tel qu’on le connaît n’est pas, à mes yeux, ce qu’on aurait pu avoir de mieux ; toutefois, en tant que précurseur, c’était déjà très fort d’avoir su proposer une formule de jeu aussi solide. Et je reconnais que parmi les jeux « à la QVGDM », ça reste l’un des plus aboutis si on prend en compte les différents aspects qui rentrent en jeu.

Et je suis quand même gêné d’avoir dû consacrer deux paragraphes entiers à la déliquescence de ce format. Moi qui aurais préféré retenir surtout le positif de l’émission (tout en revenant sur ses défauts structurels, tout de même), je me suis finalement appesanti plus que nécessaire sur les versions du programme qui ne méritaient pas qu’on s’en souvienne.
Mais quelque part, ça fait aussi ressortir les qualités du format lorsque celui-ci était davantage pris au sérieux, et montre que si un programme fonctionne et est très apprécié, c’est très souvent grâce à un tout. Que si on enlève ou qu’on remplace des ingrédients jugés dispendieux en pensant que le public ne regardait pas l’émission pour ça, on décevra fatalement plus qu’autre chose.
Parce qu’au final, si QVGDM a su marquer le monde de la télévision, c’est pour un ensemble de raisons. Un ensemble de raisons qui est certes tombé en désuétude sur certains aspects 20 ans plus tard, et dont certains éléments n’avaient finalement pas vocation à être aussi intemporels ; mais un ensemble de raisons qui méritait d’être respecté.

D’autant plus que, contrairement à la version française qui a fait n’importe quoi avec l’ambiance et les enjeux pour « renouveler » la marque, d’autres pays ont préféré opter pour une refonte du principe un peu plus respectueuse du format de base. C’est ce que l’on verra les prochaines fois…

garsiminium

Enchanté, moi c'est garsim. Bienvenue sur mon blog, où je parle de différents sujets, légers comme moins légers.

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