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#078 – Joker

Avant de commencer à parler de Joker, on peut dire qu’il a le désavantage d’avoir un titre a priori particulièrement basique pour un jeu TV. Ce serait comme si Slam s’était appelé « Grille de mots croisés », Tout vu tout lu s’était appelé « Questions sur l’actualité », Carbone 14 s’était appelé « Frise chronologique », TLMVPSP s’était appelé « Système de champion abusé », ou Trouvez l’intrus s’était appelé… Trouvez l’intrus. Bon, d’accord, je reconnais qu’on pouvait faire encore plus basique que Joker à ce titre.
Après, c’est difficile de dire que ce titre est dénué de pertinence, dans la mesure où il reflète bien le cœur de mécanique du jeu. Mais bon, c’est juste que vu comme ça, on pourrait se demander ce qui le distingue d’un jeu comme QVGDM (où on trouve aussi des jokers bien utiles pour sauver la mise du candidat) ou encore Avec ou sans joker (dont le titre met au moins l’accent sur l’importance et surtout la diversité des jokers dans ce jeu ; qui, si on la retire, retire également une très grande partie de son intérêt). Cela dit, ne blâmons pas la VF pour ça, le jeu étant d’origine turque, et portant déjà ce nom-là là-bas.
Et puis bon, ça reste juste un titre. Même si 8 chances de tout gagner s’était appelé « Boum boum tralala », ça n’aurait rien changé à sa qualité intrinsèque. C’est juste que la première impression que ça renvoie donne l’impression d’un contenu a priori pas très inspiré. Ce qui est dommage, car finalement, Joker est un jeu bien plus intéressant que je ne l’aurais pensé a priori.

Cependant, je vous avoue que si j’ai un peu tardé à me pencher sur Joker, c’est parce que, superficiellement parlant, ce jeu ne me donnait pas très envie (et pas juste à cause du titre). Il a été initialement proposé sur France 2 en 2015, pour une diffusion en quotidienne jusqu’à l’année suivante ; puis il est revenu en 2018, mais cette fois-ci programmé en hebdomadaire, avec un format légèrement rallongé.
Ayant été pris par d’autres impératifs à cette période-là, je n’ai jamais eu l’occasion de suivre la version 2015-2016 en direct ; quant à la période 2018-2021, je commençais vraiment à me lasser du style d’animation d’Olivier Minne, en particulier par rapport à son rôle dans Fort Boyard qui me renvoyait l’image d’un animateur de plus en plus passe-plat, désintéressé par le job, et qui préfère déconner avec les candidats. Attention, je dis ça en tant que ressenti spectateur ; je ne suis évidemment pas à sa place, et il dit d’ailleurs dans ses interviews qu’au contraire il prend toujours autant de plaisir à animer ce jeu-là. C’est juste que ce n’est pas du tout l’impression qu’il me renvoie (bien au contraire), et je ne comprendrai jamais ceux qui préfèrent ce style d’animation-là à celui qu’il avait durant les années 2000. Parenthèse fermée.
Bon, il n’y avait pas qu’un problème d’Olivier Minne, il y a aussi eu le fait que, du peu que j’en avais vu durant 2018-2021, Joker semblait être un format davantage axé ambiance et déconne ; et quand j’ai vu ce que ça pouvait donner dans TLMASMAD, je me suis dit que ça avait peu de chances de me plaire (même si ce jeu-là n’inclut pas de people, je le reconnais…), d’où le fait que j’ai vraiment rattrapé ce jeu à reculons.

Néanmoins, à présent que je me suis rattrapé les deux versions, je peux affirmer que c’était mieux que je ne l’imaginais, avec une base de jeu intéressante, suffisamment pour qu’elle mérite une critique ; et pour que je ne regrette pas d’avoir rattrapé ces deux versions. Bon, en revanche, je ne m’étais malheureusement pas trompé sur le côté ambiance/déconne, même s’il a davantage concerné une version plus que l’autre. Mais ça, je m’en plaindrai en temps voulu.

Version 1 (2015-2016)

Si je devais résumer rapidement le concept de Joker, ce serait : Qui veut gagner des millions… en allant jusqu’au bout, quoi qu’il arrive.
Bon, pour le coup, ce jeu est en réalité davantage un détournement voire une réinvention de la formule QVGDM, plutôt qu’une « copie » spécialisée dans son domaine comme pouvaient l’être NOPLP version 1, EVPFQEDDA, Carbone 14, Le Cube ou Zone rouge version 1.
En fait, il est même plus proche d’un Zone rouge version 2, ou d’un Millionaire Hot Seat, dans la mesure où on a un nombre de questions à peu près fixe pour chaque émission (donc pas besoin de diffusion feuilletonnante), et où l’on va jusqu’au bout (ou presque) de ces questions.

Car la spécificité de Joker, c’est que le candidat ne peut pas s’arrêter en cours de route. Il a 10 questions (du moins pour cette première version), qui sont toutes des QCM à 4 propositions de réponse (classique), et il devra répondre à l’intégralité d’entre elles, dans l’ordre donné.
Mais ici, les mauvaises réponses ne sont pas éliminatoires, puisqu’il faut aller jusqu’au bout (enfin, presque, on y reviendra) ; ainsi, en contrepartie, les mauvaises réponses seront sanctionnées, et d’une manière assez sévère.


Ah, oui, je préfère prévenir : au niveau de certaines questions, les rédacteurs se font plaisir…

Cependant, pour aider le candidat à connaître le moins d’erreurs possible, il va disposer de 7 jokers (+ l’occasion d’en gagner deux supplémentaires en cours de route, on va y revenir) ainsi que d’un accompagnateur à qui le candidat peut faire appel à deux reprises durant la partie pour l’aider. Je ne m’attarderai pas sur l’accompagnateur, c’est plus ou moins l’équivalent du Coup de fil à un ami de QVGDM.
Ce qui va être intéressant, ce sont surtout les jokers en question, ceux qui donnent leur nom à l’émission (pas super original, puisqu’ils s’appellent juste « joker »…), et qui sont en fait un seul et même joker, disponible en sept exemplaires.
Chaque joker permet au candidat de choisir entre deux propositions de réponse parmi les quatre ; parmi ces deux propositions, l’une d’entre elles (qui sera mauvaise) sera éliminée, l’autre restant à disposition et pouvant potentiellement être la bonne réponse (ou non, ça le joker ne le confirmera pas). En soi, c’est plus ou moins du 50/50 « amélioré », dans la mesure où le candidat peut lui-même choisir les réponses sur lesquelles il a un doute (on se rapproche même du « Double dip » américain).
Mais ce qui va être intéressant à leur sujet, c’est surtout le fait que les jokers sont cumulables ! Ainsi, si un candidat n’a vraiment aucune idée de la réponse à une question, il peut utiliser plusieurs jokers pour éliminer plus de réponses, voire carrément avoir la bonne réponse tout de suite pour la modique somme de trois jokers. Bon, sachant que le candidat n’en a que sept au départ, ce n’est pas un très bon calcul à long terme de les cumuler à chaque fois, au risque de les épuiser trop rapidement et ne plus en avoir vers la fin…


Un joker en action : il va éliminer l’une des deux réponses entre lesquelles la candidate hésitait.

En outre, ces jokers servent également en cas de pénalité.
Car je disais plus haut que comme les erreurs n’étaient pas éliminatoires, le candidat subissait en contrepartie une sanction assez lourde. Cette sanction, c’est tout simplement la perte immédiate de trois jokers. Ca paraît beaucoup, mais pour rappel, trois jokers, c’est l’équivalent d’une bonne réponse donnée immédiatement… et là, en plus, on ne progresse même pas d’un niveau supplémentaire dans la pyramide de gains. Donc mieux vaut y réfléchir à deux fois avant de balancer une mauvaise réponse, ça reste le scénario le moins avantageux pour le candidat quoi qu’il arrive…

La pyramide de gains, parlons-en. Elle est d’ailleurs assez atypique, quand on la regarde (je précise qu’il s’agit de celle de la première version) :


Ah, petite précision : dans cette première version, les gains sont partagés avec un spectateur, donc le gain maximal pour le candidat n’est « que » de 25 000 €… vous savez que je n’aime pas ça, mais bon, c’est normal vu qu’on est sur TF… tiens, non, France 2. Quelle mouche vous a piqué pour que vous vous y mettiez aussi ?

En effet, j’avais précisé qu’une partie était composée de 10 questions ; pourtant, cette pyramide de gains ne comporte que sept échelons, dont un à zéro euro. Et je précise à tout hasard que répondre correctement à la première question permet de remporter 500 €, elle ne sert pas de tampon.
En fait, c’est parce que cette pyramide n’est pas du tout corrélée à des numéros de question en particulier. Chaque bonne réponse fait progresser d’un niveau dans cette pyramide ; chaque mauvaise réponse y fait stagner le candidat tant qu’il a encore des jokers. Donc il peut très bien atteindre l’échelon maximal de 50 000 € directement avec six questions répondues correctement d’affilée, ou faire ça par étapes.

Car je n’ai pas parlé de ce qui arrivait lorsque le candidat donne une mauvaise réponse, en n’ayant plus de jokers en stock, ou du moins pas assez pour « payer » son erreur.
Eh bien, c’est simple : pour chaque joker manquant, le candidat va descendre d’un niveau dans la pyramide de gains. Autrement dit, s’il est totalement à court de jokers, qu’il vient de répondre faux à une question, et qu’il était au niveau maximal de 50 000 €, il va retomber à 3000 €… aïe.
D’où la présence de l’échelon à zéro euro, d’ailleurs, étant donné que le candidat peut y redescendre à tout moment. Ce qui ne sera pas éliminatoire pour lui (sauf s’il n’y a plus de questions derrière), et lui laissera l’occasion de se refaire un capital ; mais les meilleurs gains deviendront de plus en plus hors de portée, compte tenu de l’effort qu’il faudra faire pour les atteindre, et encore s’il reste suffisamment de questions après ça.


La candidate ayant commis une erreur, et n’ayant plus de jokers à sa disposition, va donc retomber de trois niveaux dans son échelle des gains. Donc passer de 12 000 € à 1 500 €… aïe.

Ca peut être assez frustrant, clairement, puisqu’en l’absence de jokers restants, il suffit alors de seulement deux mauvaises réponses consécutives pour retomber à zéro. Et autant une mauvaise performance peut se rattraper pas trop difficilement si elle est commise en début de jeu ; autant vers la fin, le candidat ne peut que tenter de limiter les dégâts.
En fait, finalement, la difficulté n’est pas tant d’atteindre l’échelon des 50 000 €, que de parvenir à y rester. Il ne faut donc pas se réjouir trop vite d’avoir atteint le gain maximal, car il faut encore pouvoir le sécuriser. Et pour ça, il n’y a qu’un moyen : conserver suffisamment de jokers sur la fin de partie. D’ailleurs, si le candidat dispose encore de 3 jokers avant de répondre à la dernière question, il remporte d’office ce gain maximal (puisqu’utiliser 3 jokers sur une question revient à la passer, en la considérant comme correcte).
Autrement, il faudra rester sur ses gardes.

Une dernière précision concernant les questions posées : celles-ci sont chronométrées. Les 5 premières ont un temps imparti de 30 secondes chacune ; les 5 dernières de 60 secondes. Et utiliser un joker permet de rajouter 15 secondes au temps restant.
Pas grand-chose à dire à ce sujet. Je pense que ça restait nécessaire pour rythmer l’émission ; et les erreurs n’étant pas éliminatoires (même si sévèrement sanctionnées), on n’avait pas spécialement besoin d’appuyer les décisions du candidat en le laissant mariner jusqu’à ce qu’il prenne enfin une décision, façon QVGDM.

La dernière question a néanmoins un fonctionnement un peu particulier.
S’il le souhaite, le candidat peut s’arrêter de jouer pendant la dixième question (donc il aura pu en prendre connaissance avant de prendre la décision, bon point) ; auquel cas, il descend d’un échelon dans la pyramide de gains, et repart avec l’échelon désigné. Donc s’il a réussi à accumuler 50 000 € avant la dernière question, et qu’il souhaite s’arrêter là, il ne repart alors qu’avec 12 000 €… et comme pour rappel, les gains sont partagés avec un spectateur, il passerait donc de 25 000 € à 6 000 €. Même pas un quart du gain maximal… il faut bien inciter le candidat à le tenter.
Mais bon, je préfère tout de même que le candidat ait une alternative, afin qu’il ne subisse pas non plus totalement la mécanique ; d’autant plus qu’on est dans un QVGDM-like où le candidat n’a pas du tout son mot à dire au sujet des questions auxquelles il doit répondre, celles-ci lui étant imposées. Ca permet d’éviter le syndrome de la dernière question « tout ou rien », dont je me plaindrai notamment au sujet d’un certain jeu que je traiterai prochainement…


Cependant, si le candidat tombe à court de jokers, il aura tout de même l’occasion de pouvoir en récupérer jusqu’à deux supplémentaires, lors d’une séquence appelée… euh… « bonus ». Oui, ce jeu n’a pas un vocabulaire particulièrement original quand il s’agit de désigner les avantages octroyés au candidat…
Cette séquence semble néanmoins avoir été ajoutée en cours de route, les premières émissions n’en disposant pas. Et c’est un ajout plutôt bienvenu, à mon sens, afin de dynamiser un peu plus le cours de la partie et rehausser l’intérêt.

Elle intervient la première fois que le candidat se retrouve sans joker, après avoir répondu à une question. Le candidat dispose alors de 60 secondes pour poser des questions avec deux propositions de réponse à son accompagnateur. Il remporte un joker supplémentaire par tranche de 5 bonnes réponses données ; et ne peut en remporter que deux au maximum (donc dès qu’il a donné 10 bonnes réponses, la séquence s’arrête).
C’est un format qui passe bien… même si je trouve cette mise en scène un peu bizarre sur les bords. D’une part, je suis moyennement fan du fait que ce soit l’accompagnateur qui doive répondre aux questions… mais pourquoi pas ; d’autre part, en revanche, j’ai vraiment du mal à voir l’intérêt de faire poser les questions par le candidat. La production avait envie de faire tester leur diction ou leur rapidité d’élocution ? Non, sincèrement, je ne vois pas trop ce que cette originalité-là est censée apporter, à part le fait de ne pas dépendre de la rapidité d’élocution (ou lenteur, c’est selon) d’Olivier Minne. Remarquez, quand je pense à la finale de TLMASMAD où il ne se presse pas, ce n’est peut-être pas plus mal, finalement…


Notez le joker qui est en train de se « construire » en bas à gauche.

Bon, pour cette version-là, je me suis davantage appesanti sur les règles et la mécanique du jeu, et pas trop sur les aspects superficiels.
Tout simplement parce que, d’une part, je comptais davantage en parler au sujet de la version 2 ; et, d’autre part, parce que cette version-là n’est pas spécialement notable à ce sujet.
En termes d’habillage, celui-ci n’est pas très notable, mais fait le café ; quant à l’ambiance… bon, je m’en plaindrai davantage plus loin, mais cette version a quand même ses quelques petits hics ça et là. En particulier, le fait de balancer une musique joyeuse random quand le candidat donne une bonne réponse ; ce à quoi je répondrai qu’on n’est pas dans A prendre ou à laisser, ni dans les émissions lifestyle de M6.
Et je pourrais ajouter dans cette catégorie les questions de type « statistiques » ou de type Une famille en or, i.e. des questions qui ne relèvent pas de la culture générale, ni de la réflexion, mais plutôt de tendances sociétales ; ce qui n’est pas trop le genre de chose qu’on peut réviser ou travailler en amont, à moins d’aimer éplucher les statistiques en tout genre. Et c’est d’autant plus gênant que ce genre de question n’est à mon sens pas adapté dans un jeu de ce genre, qui est davantage porté sur la culture générale a priori. On n’est pas dans un jeu qui joue exclusivement sur des réponses de panel type UFEO/QELB/PNYAP ou sur des statistiques type AALM ; de fait, ce genre de questions ressort davantage comme un cheveu dans la soupe selon moi. Et me donne aussi la fâcheuse impression qu’elles sont là également pour écrémer les jokers des candidats…


Ca, c’est le genre de question qu’Une famille en or aurait pu poser…

Et ça, c’est le genre de question qu’Attention à la marche aurait pu poser pour sa question coquine. Allez vous faire mettre.

Bon, ok, cette question n’entre pas vraiment dans les catégories que je viens de citer ; mais, décidément, les rédacteurs sont vraiment tendancieux à vouloir proposer ce genre de question aussi fréquemment…

Mais dans le positif apporté par cette façon d’ambiancer, je peux citer le générique de fin, qui consiste le plus souvent en une mini-compilation de moments drôles ou cocasses arrivés durant les différentes émissions. Je reconnais que c’est une façon plutôt fun d’intégrer du « bêtisier » dans l’émission, sans que ce ne soit trop intrusif.

Et, oui, j’ai fait exprès de prendre cet arrêt sur image pour illustrer ça.

Total : 13/20

Cette première version de Joker pose déjà de très bonnes bases pour le programme, avec une réinvention à la fois originale et créative de la formule à la QVGDM. L’idée de faire aller le candidat jusqu’au bout (quoi qu’il arrive) en remplaçant les éliminations potentielles par des sanctions plus sévères n’est certes pas totalement nouvelle (Zone rouge l’avait déjà fait dans sa version 2), mais la façon de le faire ici est plutôt innovante et efficace.
Non pas que le format soit parfait, cela dit : outre la gestion un peu étrange de l’accompagnateur, et le partage des gains avec un spectateur (qui est davantage un chipotage avancé de ma part, je le reconnais), on a aussi le défaut récurrent classique (inhérent à la plupart des jeux à la QVGDM) de ne pas laisser le choix des questions au candidat, ce qui tend à lui faire un peu trop subir la mécanique, d’autant plus ici où il n’a plus l’occasion de s’arrêter s’il ne se sent plus de continuer sereinement. Après, ce n’est pas le pire dans ce genre-là, par exemple Hot seat est bien plus frustrant. Et je pourrais rajouter les tangentes divertissantes dispensables qui commençaient à s’installer, même si elles n’étaient pas encore intrusives outre-mesure.
Mais en dehors de ces aspects-là, l’exécution du programme reste plutôt satisfaisante ; et, honnêtement, à part les quelques points que je viens de relever, il n’y avait pas grand-chose à ajuster pour une potentielle seconde version.

Et en parlant de celle-ci, est-ce qu’elle aura fait encore mieux ? … non. En fait, je trouve qu’elle a fait moins bien, à cause d’un aspect en particulier ; mais, heureusement, elle aura quand même su développer quelques points intéressants à côté.


Version 2 (2018-2021)

Pour cette seconde version, on passe donc d’une fréquence de diffusion quotidienne à une hebdomadaire ; mais également d’un format d’une trentaine de minutes à un format de 45 minutes.
J’imagine que ça devait être justifié par le fait que la nouvelle case du samedi pouvait se permettre de faire durer le programme plus longtemps (en semaine, il était impossible de le faire durer plus de 30 minutes à cause des pages de publicité qu’il fallait impérativement caser entre deux programmes), et que ça devait arranger France 2 de pouvoir meubler 15 minutes de plus durant une journée globalement moins rentable.
Reste à savoir si ces 15 minutes de programme supplémentaire sont utilisées à bon escient. Après tout, rallonger un programme n’est pas forcément une mauvaise chose, si les rajouts qu’on lui adjoint sont pertinents. Et ils le sont… à moitié.

En fait, à l’instar de 100% logique (par rapport à son format VO 1% club), on va à la fois trouver du rajout en termes de mécanique, et du rajout en termes d’ambiance. En moins pire, cependant ; vu qu’ici, on a juste 15 minutes supplémentaires à combler (vs. une heure pour 100% logique).

Commençons déjà par les rajouts de mécanique.
Au niveau des questions posées au candidat, on passe de 10 questions à 12 questions ; et le temps de réflexion alloué à celles-ci diffère, avec 30 secondes de réflexion pour les questions 1 à 4, 40 secondes pour les questions 5 à 8, et 50 secondes pour les questions 9 à 12. Par ailleurs, utiliser un joker rajoute 10 secondes de réflexion supplémentaires au lieu de 15. Pas de différence cependant au niveau du nombre de jokers alloués en début de partie, ceux-ci restant au nombre de 7.
Au niveau de l’échelle des gains, celle-ci reste à 7 niveaux différents (en incluant le niveau à zéro euro), et le gain maximal passe à 36 000 €.


Alors, oui, on passe d’un maximum de 50 000 € à 30 000 €, ce qui sent l’arnaque à plein nez par rapport à la première version, mais…

Bon, vu comme ça, la première chose qui devrait vous venir à l’esprit, c’est : « Génial, encore un jeu qui profite d’une nouvelle version pour se montrer plus radin et léser les candidats qui n’ont pas eu la chance de pouvoir participer auparavant… ».
Et je ne peux pas vous en vouloir ; puisque, jusqu’à présent, j’ai volontairement présenté les évolutions en laissant penser que le jeu était devenu à la fois plus difficile et moins généreux.
Ce qui, en fait, n’est pas totalement le cas. Bien qu’il soit effectivement devenu plus difficile d’atteindre le gain maximal (et surtout de le maintenir jusqu’à la dernière question) de par l’ajout de questions supplémentaires, Joker n’en est pas devenu injuste pour autant (à ce niveau-là, le jeu de la prochaine fois fera pire…) et donne quelques armes supplémentaires au candidat par la même occasion.

Première chose : le gain maximum est certes plus faible qu’en première version ; mais, en contrepartie, il n’est plus question de partager quoi que ce soit avec un spectateur. Donc si le candidat remporte 30 000 €, il les garde bel et bien pour lui ; et ça fait donc toujours plus que les 50 000 € divisés par deux de la version 1. Pour une fois que l’évolution du gain maximum va dans le bon sens, c’est à souligner !
Et ça ne s’arrête d’ailleurs pas là : en effet, si le candidat atteint l’échelon des 30 000 € avant la dernière question, les questions suivantes permettront de remporter du bonus, avec 1000 € supplémentaires par question restante répondue correctement. D’où le maximum théorique atteignable de 36 000 €. Une bonne idée, afin de ne pas rendre trop frustrant un objectif atteint en avance, comme ça pouvait être le cas dans la première version (où l’enjeu devenait alors de simplement maintenir les 50 000 €).
Bon, si je devais quand même émettre un reproche, ce serait le fait que 1000 € supplémentaires par question « en trop », ce n’est pas très cher payé pour des questions censées être plus difficiles à ce stade de la partie… mais bon, c’est mieux que rien, on va dire. Au lieu de ne pas du tout récompenser l’excellence, on la récompense quand même un peu, c’est déjà ça…
Au passage, si le candidat retombe dans la pyramide après avoir dépassé les 30 000 €, le montant maximal que le candidat a atteint devient le maximum de la pyramide.


Eh oui, on peut dépasser les 30 000 € !

Et deuxième chose : il y a désormais deux séquences bonus au lieu d’une seule ; et, de surcroît, elles permettent de remporter un nombre « illimité » de jokers (vs. seulement deux dans la version 1). Enfin, dans la limite du temps imparti, hein ; en pratique, on a peu de chances de dépasser trois ou quatre jokers supplémentaires. Mais ça reste toujours potentiellement plus que seulement deux, donc c’est une bonne chose.
Les séquences bonus se déclenchent cette fois-ci respectivement après la 4e et la 8e question, sauf si le candidat a encore sept jokers à ces moments-là. Auquel cas, on attend qu’il en consomme quelques-uns avant de les jouer. En outre, le candidat a le choix entre jouer lui-même les séquences, ou laisser la place à son accompagnateur. Par rapport à la première version qui faisait un mix bizarre impliquant les deux à la fois d’une façon asymétrique, je trouve que ce n’est pas plus mal.
Ces deux séquences ne vont cependant pas tout à fait reposer sur le même principe.

La première séquence reprend le principe de celle de la première version, avec le fait de remporter un joker toutes les 5 bonnes réponses ; mais :

  • elle dure 90 secondes au lieu de 60 secondes ;
  • il n’est plus question de questions Duo, mais de questions Cash ;
  • on peut gagner plus de deux jokers, comme je le disais plus haut ;
  • et c’est Olivier Minne qui pose les questions cette fois-ci (et avec un bon débit, donc ce n’était finalement pas ça qui avait motivé le fait de les faire poser par le candidat en version 1).

Bon, le passage des questions Duo aux questions Cash est moins cool pour le candidat (ou son accompagnateur) ; mais en contrepartie, il est possible de gagner davantage de jokers, donc là encore, ça s’équilibre.


Au fait, c’est un mini-chipotage, mais je ne sais pas pourquoi avoir inversé la position du questionneur et du répondeur par rapport à la version précédente.

La seconde séquence va, quant à elle, durer deux minutes ; et va consister en… un blind-test, avec des musiques à reconnaître (avec là encore un joker donné toutes les 5 bonnes réponses).
Là, en revanche, je me dois d’utiliser un carton rouge. Que vient faire une séquence de blind-test ici ?! Autant je ne suis pas spécialement contre ce genre de questions dans les jeux orientés culture générale de temps en temps ; mais là, je ne vois pas du tout en quoi le concept de base de Joker, qui se veut plus généraliste, justifie d’en faire toute une séquence récurrente à part entière.
Dans un jeu à dominante musicale (type Fa si la chanter ou NOPLP), ou mettant l’accent sur le divertissement de façon générale (type Tous en jeu), ça ne me choquerait pas ; mais ici, ça me renvoie la même impression que les questions « hors charte » de Hold-up, Zone rouge version 2, ou les Trivial Happenings du Trivial Pursuit années 2000, qui me semblent avoir été dégainées pour tenter de diversifier et d’ambiancer un peu le concept quitte à s’asseoir sur sa cohérence.
Vous imaginez si, dans QVGDM, on avait un joker « Blind-test » du même style, qui permettrait à un candidat de passer une question s’il reconnaissait un titre diffusé ? En termes de règles, ce ne serait pas spécialement déconnant ; mais en termes d’ambiance recherchée, ça jurerait avec l’état d’esprit. Ben là, c’est pareil. Même si Joker est loin d’avoir une ambiance à la QVGDM, il a quand même une structure de base dans le même style, et ne peut pas particulièrement se permettre ce genre de fantaisie charmante.


Bon, la question sera toujours la même, évidemment.

Et, mine de rien, cette seconde séquence bonus blind-test n’est certes que la seule chose que j’aurais à réellement reprocher à la façon dont la mécanique du jeu a évolué (et encore, même si elle jure stylistiquement avec le reste, elle ne présente pas non plus de défaut notable à ce niveau-là) ; mais elle est surtout très symptomatique de la façon dont la production a souhaité faire évoluer l’ambiance du jeu.
Et à ce niveau-là… soupir. Oui, on y arrive enfin.

Bon, comme je l’avais laissé entendre dans la partie précédente, Joker avait déjà tendance à vouloir amuser la galerie de temps à autre, d’une façon dont je n’étais pas fan. Mais là, c’est encore plus assumé…


D’ailleurs, si ça peut vous rassurer, les questions tendancieuses sont toujours là…

Ce n’est pas la première fois que je le déplore, mais je déteste quand un jeu TV essaie de forcer son ambiance d’une façon aussi grossière.
Alors, oui, à l’instar des autres jeux pour lesquels j’ai émis le même genre de reproche, Joker a le droit de faire ce qu’il veut ; et j’imagine que je suis probablement davantage l’exception que la règle au niveau de la façon dont un jeu divertit, sinon cette pratique serait beaucoup moins répandue.
Mais entendons-nous bien : je ne suis pas antifun. Je peux très facilement citer des jeux dont l’ambiance me happe sincèrement et où je m’amuse avec les intervenants présents sur le plateau (NOPLP, APOAL, Burger Quiz, Catchphrase…) ; mais la plupart du temps, c’est parce que leur principe est davantage compatible avec une ambiance légère et fun.
Ici, en revanche, je ne le trouve pas particulièrement approprié. Je ne demande pas non plus à ce que l’émission soit chiante ; mais au moins, d’avoir quelque chose que je pourrais trouver un peu plus compatible avec un principe à la QVGDM et ce que ça implique, avec un accent un peu plus mis sur la dramaturgie (sans nécessairement avoir un plateau plongé dans le noir, un éclairage froid et un habillage musical signé Strachan), afin que je sois davantage pris par les enjeux de la mécanique.


Peu importe le contexte, j’ai du mal à voir comment un jeu qui se respecte peut mettre ce genre d’image…


Je précise au passage que ce ressenti ne vient pas uniquement de la séquence bonus blind-test sortie de nulle part. Outre cette nouveauté-là, on sent qu’on cherche aussi à meubler un peu plus l’émission avec du blabla et des moments humoristiques d’une façon plus prononcée que dans la version 1.
L’élément le plus caractéristique de cet état d’esprit est l’apparition d’un humoriste, Sébastien Chartier, qui effectue des interventions régulières en rapport avec les questions posées. Je ne vais pas le juger en tant qu’humoriste, parce que les goûts et les couleurs ne se discutent pas (et que je suis très difficile en la matière) ; mais, personnellement, il ne m’a pas du tout fait rire.
Cela dit, est-ce que c’est de sa faute ? Pas spécialement. C’est surtout l’idée même d’avoir introduit un humoriste dans ce genre de jeu qui me déplaît et que je trouve hors sujet ; et que sa façon d’intervenir régulièrement et inopinément me fait soupirer à quasiment chacune de ses interventions.

Après, il n’apporte pas non plus que du négatif. Par exemple, on a désormais une question récurrente qui met en scène un objet insolite, dont le candidat doit déterminer la fonction ; et pour l’occasion, il fait un petit sketch pour présenter l’objet. La question est toujours sous forme de QCM, donc ce n’est pas hors sujet ; et même si on sent que ce genre de question a été rajouté pour avoir une occasion supplémentaire d’amuser la galerie, au moins elle ne jure pas (du moins pas trop) avec l’état d’esprit global. En tout cas, moins que les questions de type UFEO ou AALM…


Bon, après, est-ce que c’est vraiment drôle… on va dire que chacun ses goûts, hein.

Total : 11,5/20

Sans grande surprise, cette seconde mouture de Joker est moins plaisante que la précédente, même si elle est cependant loin d’être catastrophique.
La faute en incombe principalement au forçage d’ambiance, que j’ai du mal à voir comme autre chose qu’une tentative de diversion pour tenter de maintenir l’attention du spectateur pendant une durée d’émission plus longue.
Et c’est dommage. Je trouve qu’indépendamment de cet aspect-là, cette seconde version arrivait à justifier son rallongement grâce à ses ajustements de mécanique, qui étaient plutôt bien pensés dans l’ensemble (du moins quand ils n’étaient pas associés au forçage d’ambiance comme le blind-test), en rendant le jeu certes plus corsé, mais avec des enjeux plus élevés en contrepartie. Si cette seconde version ne s’était limitée qu’à ses nouveautés « techniques », j’en aurais eu une opinion à peu près semblable à celle que j’ai sur la première.
Après, même si je ne cautionne pas le passage à une ambiance en roue libre… ça va encore. Ca m’agace au point de ne pas me donner envie de suivre le jeu assidûment, mais pas au point de me faire détester mon visionnage pour autant. J’ai déjà vu bien pire que ça en la matière, comme Attention à la marche ou Que le meilleur gagne.



Pour la prochaine fois, je ne serai d’ailleurs pas dépaysé, puisque je traiterai à nouveau un jeu de QCM assisté, qui aura là encore connu plusieurs versions différentes, certaines ayant le même problème…

garsiminium

Enchanté, moi c'est garsim. Bienvenue sur mon blog, où je parle de différents sujets, légers comme moins légers.

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