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#031 – Êtes-vous plus fort qu’un élève de 10 ans ?

Ladies and gentlemen, j’ai l’honneur aujourd’hui de parler d’un jeu de plateau issu d’une chaîne qui n’a pas souvent daigné nous en proposer : M6 !
En effet, le genre du jeu TV n’a jamais vraiment intéressé M6 (à moins de compter la call TV, mais bon…), du moins pour une programmation régulière en journée. A tel point que certains concepts comme Qu’est-ce que je sais vraiment ? ou 60 secondes chrono ont directement eu droit au prime time, alors qu’ils n’étaient pas particulièrement adaptés pour ce créneau-là…
Et Êtes-vous plus fort qu’un élève de 10 ans ? doit être l’une des très rares tentatives de la part de M6 pour proposer du contenu de ce genre hors prime. Proposé à la rentrée 2007 pour remplacer les sitcoms américaines diffusées sur le créneau du 20 heures, ce jeu n’aura pas été plus convaincant, et n’aura tenu que 3 mois. Il leur aura fallu attendre la formule magique de Scènes de ménages pour meubler cette case efficacement, et ne plus changer de programme pendant au moins une dizaine d’années…
Bon, pour la défense de ce jeu, il faut reconnaître que ce n’était pas aisé de proposer une contre-programmation aux grandes messes de TF1 et France 2, surtout pour l’époque (Plus belle la vie sur France 3 était l’une des rares exceptions, et là encore ce n’était pas un succès immédiat) ; et que parmi le peu de tentatives, aucune chaîne n’a jamais réussi à installer un programme de ce genre sur ce créneau-là, même par la suite (certes, les talks de Canal+, France 5, D8/C8 et TMC auront connu leurs succès par la suite, mais ils auront notamment été portés par le créneau 19h/20h puis au-delà de 20h45, l’audience en frontal avec les JT de TF1/France 2 restant moindre comparée au reste).

Toutefois, considérations de case horaires et de diffuseur mises à part, pas sûr que le jeu aurait mieux fonctionné grâce à sa qualité intrinsèque… ou à la rigueur sur Gulli, si cette chaîne avait eu les moyens de diffuser ce genre de jeu. Oui, ça vous donne une idée assez rapide de l’un des principaux problèmes de ce jeu… mais on va expliciter tout ça.

L’ambiance… donne le ton

On démarre par une musique de générique qui… ne donne pas franchement très envie.
Autant c’est l’un des rares génériques de jeux TV que je connaisse qui ose faire dans le chanté (d’habitude, on se contente d’un instrumental) ; autant le fait de le faire interpréter par des enfants, et de lui donner des paroles aussi plates (« Êtes-vous plus fort qu’un élève de 10 ans ? Quand les petits sont meilleurs que les grands… »), ça ne donne pas trop l’impression de cibler un public spécifiquement adulte. En plus, ce générique reste affreusement en tête après…

Et visuellement, on continue un peu dans cette veine-là.
On voit une « salle de classe » qui s’ouvre, cinq élèves qui arrivent en courant en jetant leurs sacs à dos dans le couloir (je pense que dans une vraie école, ils se feraient réprimander par les professeurs qui leur demanderaient de faire ça plus calmement, mais passons…) et s’installent sur les pupitres, puis le candidat qui arrive un petit peu plus posément.
On présente le candidat rapidement, en prenant bien soin de mentionner son niveau d’études (on y reviendra…), et en montrant également une photo de lui quand il avait 10 ans. C’est mignonnet.
Puis avant de démarrer, celui-ci choisit l’un des cinq élèves présents, qui lèvent la main en criant « Moi monsieur/madame ! » ou quelque chose dans le genre, pour maximiser leurs chances d’être choisis.


Ben oui, il fallait bien montrer des enfants courir dans les couloirs pour que ce soit plus plausible.
Moi, en revanche, je me suis déjà fait punir pour ça en CE2. Je dis ça, je dis rien…

Ce qui fait qu’on a déjà le premier « mini-problème » de ce jeu : l’ambiance visée. En fait, je suis assez partagé là-dessus.
D’un côté, je reconnais que ce jeu fait pas mal d’efforts pour rappeler l’ambiance d’une salle de classe, et que je peux donc difficilement appeler tout ce que je viens de citer des « défauts », puisqu’ils répondent à une vision artistique précise et recherchée. L’habillage de l’émission qui rappelle le tableau à craie va d’ailleurs dans ce sens-là. En outre, ça le différencie pas mal des jeux TV « classiques » qui ont des plateaux de jeu généralement plus standardisés.
Mais de l’autre… on voit un peu le public qu’il cherche à cibler, et d’une façon pas particulièrement subtile. Le fait d’insister un peu trop sur le côté « gamin » peut être un peu lassant à la longue, quand on regarde le programme avec un oeil d’adulte. Or, le fait de vouloir cibler un public familial n’implique pas non plus d’infantiliser grandement le jeu : si on prend Y’a pas d’erreur ? qui se veut aussi assez familial, avec des questions accessibles à un jeune public, on n’y va pas à fond à ce niveau-là.

Enfin, après, je reconnais que ce jeu a aussi un côté un peu mignon, avec les élèves qui sont plutôt naturels et qui jouent bien le jeu, en plus d’avoir des interactions sympathiques avec l’animateur.

Cela étant, ça ne va pas être la seule chose qui va me déplaire au sujet de l’ambiance globale…


En même temps, ils n’allaient pas montrer des élèves que ça saoulait d’être présents sur le plateau, donc le fait qu’ils lèvent tous la main, j’en vois techniquement pas l’intérêt…

Côté animation, ce jeu est présenté par… Roland Magdane. Oui, ça, c’est vraiment un truc de M6, de faire présenter ses émissions par n’importe qui, sauf par des animateurs de « profession », avec pour seul prérequis le fait d’être une célébrité…
Ce qui ne donne pas forcément de mauvais résultats ; mais bon, ça insinue quelque part que la « célébrité » en soi est un talent, et qu’il y a juste besoin de ce « talent »-là pour pouvoir animer une émission. Je déteste ce travers du show business, avec la célébrité qui appelle la célébrité, et c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’exècre la plupart des personnages apparus dans Fort Boyard depuis 2013. Mais je m’égare.
Et pour en revenir à Roland Magdane : il fait le café, mais il appuie un peu trop le côté « moqueur » qui va me gêner principalement.

Parce que ça va être le leitmotiv de cette émission : on va chercher à se moquer à coeur joie des candidats, parce qu’ils galèrent à répondre à des questions auxquelles des élèves de 10 ans sauraient théoriquement répondre.
Ainsi, l’animateur rappellera le niveau d’études du candidat, le public n’hésitera pas à appuyer les quolibets qui vont dans ce sens-là, et lorsque le candidat termine son parcours sans remporter le gain maximal, il devra prononcer la phrase : « Je ne suis pas plus fort qu’un élève de 10 ans ».
Ha ha, que c’est drôle, je suis en train de me rouler par terre.

On tient là le principal défaut de cette émission : son humour.
Alors, ça pouvait me faire sourire à l’époque, quand j’étais encore adolescent, parce que j’étais encore peu éloigné de mon enfance, et que je me disais que c’était un petit peu la honte pour les candidats de ne pas savoir telle ou telle chose que je connaissais personnellement avec pourtant moins d’expérience qu’eux…
Mais bon, pas de là non plus à enfoncer le clou et à insister sur les lacunes des candidats à ce point-là. Même en trouvant ça un peu drôle au début, ça devient très vite lassant à la longue.


Aaaah, en fait, c’était pour faire un clin d’oeil à son rôle dans la série Le Tuteur qu’ils ont choisi Roland Magdane !
… tant qu’à faire, ils auraient aussi pu prendre Gérard Klein qui avait joué le rôle titre de
 L’Instit, selon cette logique.

Bref, vous l’aurez compris, j’ai du mal avec l’ambiance de ce jeu. Pas au point de m’en faire décrocher complètement non plus, mais il faudrait en revanche que la mécanique de jeu propose quelque chose d’intéressant pour compenser…

Qui veut gagner des millions… version élève de 10 ans

On sent quand même la grande influence de QVGDM dans les jeux qui ont été développés par la suite, quand une bonne partie d’entre eux peuvent se résumer à ce concept-là, décliné d’une façon particulière…
Après, je ne m’en plains pas trop, puisque le concept de QVGDM tient la route, lui. Pas comme TLMVPSP qui, lui, nonobstant des défauts conceptuels grossiers, a lancé une tendance les incluant…

Bref, le candidat fait face à une pyramide de gains, qu’il fait progresser à chaque question à laquelle il répond juste, en pouvant s’aider de jokers à usage unique ; et à la moindre erreur, il doit quitter la partie, mais il peut quitter le jeu quand il le souhaite avec l’argent accumulé jusqu’ici s’il ne se sent pas trop de répondre avec certitude à la question qu’on lui pose.


Pyramide de gains, jokers : ouaip, pas de doute, on suit bien la formule Qui veut gagner des millions.

Au niveau des spécificités, EVPFQUEDDA se distinguera de QVGDM sur plusieurs points.
Premièrement : à l’instar de la première version de N’oubliez pas les paroles, les thèmes ne sont pas imposés au candidat dans un ordre précis, et c’est lui qui va les choisir dans l’ordre de son choix.
A la différence de NOPLP en revanche, les questions ont déjà toutes leur niveau de « difficulté » attitré (ici, un niveau allant de CP/CE1 à la 6ème), et les questions ne se corseront donc pas au fil du jeu, à l’exception de la question finale qui correspondra forcément à un niveau 6ème.
Pour cette question finale à 100 000 €, d’ailleurs, le thème est imposé ; mais au moins, le candidat pouvait en prendre connaissance avant d’accepter de tenter ce palier-là ou non. Au moins une chose que ce jeu a mieux fait que NOPLP, où il fallait choisir de continuer avant de savoir à quoi s’attendre niveau chanson…


Au passage, expliquez-moi en quoi « Jeux de récré » se rapporte spécifiquement au CM1… il y a des jeux réservés spécifiquement à certaines classes ?

Mais ce qui va principalement faire la particularité de ce jeu, ce seront ses jokers. Et c’est d’ailleurs là qu’entreront en scène les élèves.
Toutes les deux questions, le candidat change l’élève qui s’installera à côté de lui, et on lui demandera dans quelles matières il se sent le plus à l’aise, ce qui permettra d’aider le candidat à choisir les questions qui seront jouées, au cas où il aurait besoin de faire appel à l’aide apportée par l’élève.
Pour chaque question, l’élève notera sa réponse à la discrétion du candidat. Si le candidat juge qu’il n’a pas besoin d’aide pour répondre à la question, il validera sa réponse sans passer par l’élève ; sinon, il pourra faire appel à l’un des deux jokers suivants :

  • Le soufflage : le candidat prend connaissance de la réponse de l’élève, et va choisir de le suivre ou non. C’est la version soft du coup de fil à un ami de QVGDM, quoi.
  • Le copiage : le candidat décide de valider directement la réponse de l’élève ; en revanche, il ne saura ce qu’il a répondu qu’au moment de dévoiler la réponse à la question. C’est la version hard du coup de fil à un ami de QVGDM, quoi.

Il existe également un troisième joker, passif, qui est le Repêchage, et qui ne se déclenche que lorsque le candidat répond faux à une question : dans ce cas, s’il dispose encore de ce joker, la réponse de l’élève sera validée à la place de la sienne, et si l’élève a répondu juste, le candidat sera alors sauvé et pourra continuer à jouer.
En fait, c’est donc le même joker, décliné de trois façons différentes : puisque, in fine, ça consistera toujours à se reposer sur la réponse de l’élève. Mais du coup, ça permet de rester dans le thème, et de proposer des jokers vraiment spécifiques à ce jeu-là. En outre, bien que le principe soit le même à chaque fois, le degré de risque ne sera pas le même : ainsi, si les candidats auront souvent eu recours au Soufflage, peu d’entre eux auront osé le Copiage qui était beaucoup plus risqué.


Ici, on a fait appel au Repêchage, le candidat s’étant trompé de pays et ayant répondu l’Espagne à la place du Royaume-Uni.
… ou alors il était devin, en anticipant l’arrivée du Brexit une dizaine d’années plus tôt !

Car la dernière spécificité de ce jeu est qu’il ne dispose d’aucun palier ! Et que, par conséquent, sur n’importe quelle question, le candidat retombera à zéro en cas d’erreur, y compris la toute dernière.
Vu comme ça, ça paraît très punitif… mais bon, avouons-le : vu le niveau global des questions qui reste assez facile (logique, vu le thème du jeu…), il fallait au moins ça pour rendre les enjeux de ce programme un minimum intéressants. Parce que sinon, avec des gains assurés sur des questions aussi simples, on s’ennuierait très vite…

Et c’est donc ainsi que ce jeu parvient à concilier à peu près correctement son ambiance enfantine et ses enjeux.
Ca ne parvient pas à le rendre révolutionnaire, ni subitement très intéressant à regarder ; mais au moins, ça fait que, même en tant qu’adulte, j’arrive quand même à trouver un peu mon compte en visionnant cette émission.


Ah, et sinon, c’est encore un jeu dans lequel les gains annoncés sont en réalité partagés avec un spectateur.
Mes excuses, TF1, tu n’étais finalement pas la seule chaîne à succomber à ce genre de subterfuge…

Un mot rapide sur la tentative de sauvetage du programme…

Comme je le précisais en introduction : ce jeu n’avait pas très bien fonctionné, mais M6 avait tout de même tenté un ajustement de formule avant d’abandonner définitivement le concept. Un ajustement qu’on n’aura vu que très brièvement, vu que seulement 5 émissions avec les modifications en question auront été concernées, et que la chaîne considèrera que la contre-performance d’audience sera bien trop importante pour continuer à donner sa chance à l’émission.
Et comme je n’ai pas vu cette version-là en direct, je devrai me baser sur le descriptif Wikipédia ; donc c’est juste un avis vite fait que je dresse là, histoire d’être exhaustif sur le sujet.

En fait, l’idée directrice de cette nouvelle version était de… simplifier encore davantage le niveau. Ouaip, si Gulli avait appartenu au groupe M6 à l’époque, on aurait vraiment pu mettre le jeu sur cette chaîne-là, à force…
En effet, je me souviens des bandes-annonces de cette nouvelle formule, qui présentait comme grande « nouveauté » l’instauration d’un système de QCM pour l’ensemble des réponses, et un niveau de questions plus accessible. Comme si le niveau de jeu n’était de base pas déjà assez simple comme ça… (sinon, pour information, ça pouvait ponctuellement arriver d’avoir certaines questions sous forme de QCM dans l’ancienne version, mais c’était moins fréquent)
D’ailleurs, les candidats sélectionnés étaient apparemment moins diplômés, apparemment. Bon, au moins, ça permettait de réduire un peu l’humour à base de quolibets sur leur niveau d’étude, c’était déjà ça…

Question dont la réponse est "année bissextile"
Bon, c’est une image de l’ancienne version, mais imaginez s’ils avaient rendu ça encore plus simple… et, oui, c’est niveau CP/CE1 certes, mais c’est pour dire qu’on n’avait pas besoin de simplifier encore davantage le jeu.

Et l’autre nouveauté était l’abandon du choix des matières et des niveaux, pour instaurer quelque chose de plus graduel, en partant des petites classes pour terminer par la 6ème.
Pour le coup, l’idée de faire progresser le niveau était plutôt bonne, puisqu’elle correspondait à une croissance du niveau de difficulté assez logique. Après, vu que le niveau global restait théoriquement assez simple, je ne sais pas si j’aurais vraiment ressenti la différence, mais bon…
En revanche, moins fan de l’idée d’imposer les matières. On aurait finalement très bien pu laisser le choix des matières au candidat, en laissant le niveau imposé graduellement par la production…

Bref, même si cette nouvelle formule n’avait pas eu le temps de s’installer, à mon avis, elle n’aurait pas permis de sauver le programme, puisqu’elle n’aurait quasiment fait qu’accentuer son côté trop simple.

Total : 11/20

Êtes-vous plus fort qu’un élève de 10 ans ? est un jeu que j’ai trouvé plutôt cool… quand j’étais jeune. Mais en tant qu’adulte… je le trouve correct, sans plus.
Et finalement, ça résume plutôt bien le ressenti global qu’on pourrait avoir au sujet de ce jeu : un jeu un peu familial, mais qui aura sans doute plutôt tendance à séduire un public plus jeune, qui pourra davantage s’identifier aux questions posées et aux enfants mis en scène. La tentative de donner des enjeux assez conséquents permet de capter un peu plus l’attention du public plus âgé, mais pas non plus au point de considérer ce jeu comme un classique de ce point de vue-là, alors que les jeux faisant appel à des pyramides de gains sont légion.
Néanmoins, j’apprécie son système de jokers à base de demande d’aide à quelqu’un d’autre, qui aurait d’ailleurs pu servir à un jeu avec une formule similaire, mais une thématique davantage porteuse.

D’ailleurs, pour rester dans cet ordre d’idée, la prochaine fois, on verra un meilleur jeu dont la spécificité est également de demander son avis à d’autres personnes…

garsiminium

Enchanté, moi c'est garsim. Bienvenue sur mon blog, où je parle de différents sujets, légers comme moins légers.

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