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#018 – Le mur infernal

Le genre que constitue le jeu TV de plateau en France est très loin d’être représenté de façon homogène entre les différentes chaînes existantes. En fait, à ce niveau-là, ce sont principalement les trois premières chaînes (et un peu feue La Cinq) qui se démarquent (… ou se démarquaient, TF1 ayant fini par préférer des soaps pour meubler son access, et France TV devenant de plus en plus pauvre en diversité à ce niveau-là depuis la décennie 2020…)
Pour le reste, même si Canal+, La Cinquième et M6 ont parfois eu l’occasion de s’y mettre, ces chaînes n’ont pas grandement marqué les esprits avec ce type de programme… et même avec l’arrivée de la TNT depuis 2005, là non plus, les nouvelles chaînes n’ont pas fait d’étincelles, avec des tentatives globalement peu nombreuses (sauf peut-être D8/C8, qui a davantage essayé que les autres chaînes TNT) et rarement couronnées de succès (à tel point que le jeu inédit qui a dû le plus faire « parler » de lui au-delà du canal 8 a dû être… In ze boîte, sur Gulli, c’est dire). Et après, on s’étonne que ces chaînes se contentent de meubler 75% de leur antenne avec des séries multirediffusées…

Tenez, par exemple, si je vous parle du jeu Le mur infernal, diffusé sur TMC, ça vous dit quelque chose ? Non, hein ? Bon, en fait, c’est plutôt normal : le jeu avait été lancé en 2007, à une époque où la TNT était encore loin d’être la norme, et où par conséquent tout le monde ne captait pas encore forcément cette chaîne-là… ni n’avait spécialement le réflexe de zapper au-delà des chaînes disponibles en analogique. Bref, à l’époque, ce n’était pas du tout idéal pour ces chaînes-là d’avoir des ambitions pour leur access prime-time (il aura fallu attendre les années 2010 pour qu’elles prennent davantage leur essor)… et je pense que la chaîne en devait être consciente aussi ; car, finalement, assez peu de numéros ont été tournés au total, et ça finissait par aboutir à des rediffusions assez vite.
Bref, tout ça a fait que ce jeu est assez rapidement tombé dans l’oubli… mais est-ce qu’il aurait eu davantage de succès si on s’était focalisé uniquement sur sa qualité intrinsèque ? … non, quand même pas, je pense. Et on va voir pourquoi…

Le concept

Le concept est simple : le candidat se trouve dans une zone d’impact, en attendant qu’un mur lui fonce dessus. Dans ce mur se trouve une forme prédécoupée, au travers de laquelle le candidat doit passer, en épousant cette forme. S’il y parvient, il remporte des points pour son équipe ; sinon, le mur le pousse dans la piscine qui se trouve derrière lui.
Il devra donc réfléchir à la façon de se positionner pour traverser le mur, lorsque celui-ci est dévoilé.


Une image vaut bien 1000 mots.
(Euh, oui, au fait, dans l’une des émissions, certains candidats étaient déguisés, sans raison particulière. Parce que humour, j’imagine.)

Une émission se structure autour de la confrontation de deux équipes de trois candidats.
En manche 1, chaque candidat passe individuellement, et peut rapporter 100 points en cas de passage du mur réussi. En manche 2, les candidats passent le mur à deux (deux fois, donc l’un des candidats devra refaire le passage) et peuvent rapporter 200 points en cas de réussite. En manche 3, c’est toute l’équipe qui joue, avec 400 points en jeu sur le mur joué (bien sûr, il faut que l’ensemble des candidats passe le mur). L’équipe qui a le plus de points passe en finale, et désigne un candidat qui devra passer le dernier mur les yeux bandés.
Un bon point pour la structure de l’émission : celle-ci joue de façon variée avec le concept de base. Outre le nombre de participants à chaque passage de mur et la finale à l’aveugle, en manche 1, le passage du deuxième candidat de chaque équipe se fait avec des accessoires, et le troisième candidat de chaque équipe doit passer le mur de dos (je suis en revanche moins fan de l’idée que ce candidat soit désigné par l’équipe adverse, mais c’est mineur).
En outre, chaque équipe dispose d’un joker utilisable à partir de la manche 2, qui permet de doubler les points en cas de réussite (mais en contrepartie, le mur arrive plus vite).
En revanche, je n’ai pas souvenir d’une mécanique qui permettait de départager les égalités, sachant qu’en théorie ce genre de cas de figure aurait pu arriver… j’aurais été curieux de savoir comment l’émission aurait géré ça.

Au vu du concept, on sent totalement le côté « jeu japonais » ; et pour cause, il s’agit d’une adaptation d’un concept japonais, Human Tetris.
C’est d’ailleurs assez peu courant de voir en France des adaptations de jeux japonais : la plupart des concepts importés sont plutôt américains ou européens ; et quand on diffuse Le château de Takeshi, on se contente de diffuser la version japonaise directement avec des commentateurs français. En fait, le seul autre exemple d’adaptation japonaise qui me vient à l’esprit est Chut, chut, chut sur W9 (là encore une « nouvelle » chaîne TNT d’ailleurs… et là encore, ça n’a pas fait beaucoup parler), adaptation du jeu Silent toshokan (Silent Library) ; mais ce n’était pas vraiment un jeu TV à proprement parler, plutôt une sorte de série, puisque les participants étaient systématiquement les membres de la Bande à Fifi, Pat et Paco, et qu’il n’y avait pas d’enjeu particulier.
Donc ça permet de changer un peu… mais soyons honnêtes : la raison pour laquelle on regarde des jeux japonais, ce n’est certainement pas pour leur côté intellectuel. Bien au contraire, ils sont souvent réputés pour être très stupides, et être des prétextes surtout pour faire rire les spectateurs au détriment des candidats. Donc ce n’est sans doute pas plus mal qu’on n’en ait pas plus que ça sur nos antennes…


Une image extraite de Chut, chut, chut… je crois que ça se passe de commentaires.
Enfin, si : le fait que ce soit dans une bibliothèque et qu’il faille rester silencieux ne sert absolument à rien, à part montrer les gens faire « Chut » toutes les 10 secondes. On aurait pu montrer les participants faire les mêmes conneries sans ça.

L’humour… passe

Donc vous l’aurez compris, l’intérêt du programme est surtout de se marrer un peu. Et à ce niveau-là… ça y parvient.
Bon, évidemment, ça reste une mécanique qui ne vole pas bien haut ; et même pour du divertissement, on peut faire mieux et plus recherché que de voir juste des candidats tomber dans une piscine s’ils ratent leur position. Mais ça ne me dérange pas dans ce contexte-là : après tout, ça assume le fait que ce n’est pas censé être du chef-d’œuvre, et le produit fini est en adéquation avec ses ambitions de base.
Et ces ambitions de base ne sont pas trop dégradantes : certes, les candidats se font malmener, mais ça reste à un niveau Intervilles, avec le même genre de gamelles qu’on peut y trouver. Même si je m’en suis beaucoup lassé avec le temps, ça fonctionne pas trop mal ici, et je préfère que cet humour au détriment des candidats reste assez soft et gentillet. On est loin du côté putassier de N’oubliez pas votre brosse à dentsFort Boyard depuis 2013 ou même Chut, chut, chut pour comparer à un autre concept japonais.

Et même si ça me fait moins rire aujourd’hui, je reconnais que ça m’avait plutôt fait bien rire à une époque. Surtout quand les gamelles étaient plutôt inattendues : en effet, il n’y avait pas que les chutes dans la piscine, mais aussi parfois des candidats qui restaient coincés dans le mur, ou encore des murs qui s’effrondraient. Rien que pour ça, certaines séquences best of peuvent valoir le coup.


Le piège proposé par ce mur fait sourire (enfin, surtout pour l’effet de découverte).

Néanmoins, il y a quand même un aspect qui me gêne pas mal, et qui est lié au fait d’avoir un jeu qui se veut humoristique.

Les règles et la faisaibilité des passages aléatoires…

On l’aura compris, ce jeu cherche avant tout à divertir, et sa mécanique globale à base de candidats qui se prennent le mur est avant tout un prétexte pour faire rire, ce qu’il réussit plutôt bien.
En revanche, ce que je n’aime pas, c’est quand on prend l’humour comme prétexte pour ne pas être très pointilleux sur les règles, ni sur la faisabilité pratique de ce qu’on a mis en place. Et c’est malheureusement ce que ce jeu a tendance à faire…

Déjà, au niveau de certains arbitrages, c’est parfois un peu « olé-olé ».
Les candidats ne sont pas censés sortir de la zone d’impact lors du passage du mur, mais parfois ils en sortent légèrement sans que ce ne soit repris… mouais.
Ensuite, pour certains murs, il y a une façon spécifique pour les candidats de les franchir (montrée après le passage sur un schéma) ; parfois on les reprend dessus, car ils sont censés se positionner d’une façon vraiment particulière, en suivant la forme découpée… parfois non. Bon, c’est déjà un peu le problème d’avoir à la fois des murs de type « silhouette » où on montre explicitement la façon dont on doit se positionner, et des murs de type « figure » où c’est plus abstrait et laissé à l’interprétation du candidat. Se focaliser sur un seul type de mur, ou attribuer des manches spécifiques pour chaque type de mur, ça aurait déjà permis de clarifier un peu plus tout ça.

Mais au-delà de cette façon d’arbitrer parfois un peu aléatoire, ce qui me pose problème, c’est le fait que certains murs me semblent en pratique impossibles à passer…
Et je ne dis pas ça juste parce que je n’ai vu aucun candidat réussir à passer certaines formes, mais parce que, physiquement parlant, ça me semble impossible à réaliser.
Le cas de figure qui me vient en tête instantanément est celui de la position « conducteur de bus », où le candidat est censé sauter de profil, tout en allongeant les bras et les jambes… j’ai déjà beaucoup de mal à voir comment réaliser cette position en pratique, même sans mur qui nous fonce dessus ; et la vitesse à laquelle va le mur ne doit pas aider…
Ce n’est pas la seule position dans ce cas de figure, mais c’est en tout cas la plus marquante pour illustrer mon propos.


Même si le schéma montre comment passer le mur : non, ça ne me semble toujours pas possible de passer ce mur comme ça, surtout à la vitesse à laquelle il arrive sur les candidats.

Et c’est encore plus flagrant lors de la finale, où le candidat qui la réalise a les yeux bandés.
Alors, certes, pour celle-ci, il me semble que la production n’a jamais dégainé le « conducteur de bus » (encore heureux…), et a pris des positions réalisables en pratique dans des conditions normales… mais ça ne garantit pas non plus que les positions en question sont réalisables à l’aveugle.
Pour les positions qui nécessitent de sauter, par exemple : qu’est-ce qui garantit que, même avec une bonne position, le candidat la gardera bien lors du saut ?
Et, certes, les coéquipiers guident celui qui s’y colle avec des indications vocales… mais bon, elles ne peuvent pas être 100% précises non plus ; et, de toute façon, même avec quelques secondes de plus par rapport au reste, le temps que le mur fonce sur le candidat, c’est difficile de faire une description précise de la position qu’il doit adopter… sachant que dans ce jeu, il faut être précis, puisqu’une dizaine de centimètres de décalage ou un bras plié sous un angle trop grand peut vous faire perdre.


Si vous voyez ce que je veux dire… oui, ce mur a été proposé pour une finale, donc les yeux bandés. Entre sauter au bon moment, écarter les bras et les jambes, et garder l’angle exact, le tout durant le peu de temps qu’ont les coéquipiers pour décrire la position à adopter… je ne vois pas comment c’est possible !

A ce stade, les finales relèvent davantage de la chance qu’autre chose. La chance d’avoir des murs réalisables avant tout… et si ce n’est pas le cas, celle d’avoir pile la bonne position au bon moment, c’est-à-dire une chance très faible.
Au moins, les « variantes » de la manche 1 avec les accessoires et le passage de dos sont davantage réalisables en pratique (et encore, selon les murs…). Peut-être qu’il aurait été plus intéressant de réserver le passage de dos à la finale, et pourquoi pas en faire une finale en groupe par la même occasion pour marquer le coup…


Là encore : de face, ce mur est envisageable ; mais de dos… il fait comment pour sauter dedans ou l’enjamber de dos, le candidat ?

Un mot rapide sur l’animation

Pour parler de l’animation, l’émission était présentée par Laurence Boccolini. Pour l’époque, ça surprenait d’ailleurs pas mal de la voir dans un jeu TV plus léger, avec une animation forcément plus détendue, et de la voir habillée d’une façon plutôt bariolée… je dis bien que ça surprenait pour l’époque (beaucoup moins depuis son transfert sur France 2), car à ce moment-là, on la connaissait principalement pour Le maillon faible ; et, comme je l’avais mentionné dans ma critique de ce jeu-là, le style d’animation plus cassant et sévère lui collait pas mal à la peau. Sans doute avait-elle accepté d’incarner Le mur infernal pour casser cette image-là, et prouver qu’elle pouvait tout aussi bien animer d’autres types d’émissions que des jeux à ambiance pesante.
Et honnêtement, elle se débrouillait plutôt bien dans cet exercice. Même si c’était moins sublimé par l’ambiance plus légère, elle avait toujours un bon sens de la répartie, des bonnes réactions aux différentes situations qui pouvaient se produire, et une façon d' »arbitrer » certains cas plus litigieux qui passait bien. Et si vous voulez mon avis, je la préférais largement dans l’animation de ce jeu-là, avec un style détendu mais naturel ; plutôt qu’avec le ton plus mielleux qu’elle a adopté depuis 2021 dans Tout le monde veut prendre sa place… (ah, vous pensiez que j’allais oublier de le tacler ? Eh bien non !)


Ca change du Maillon Faible, en effet !

Total : 8,5/20

On comprend finalement pourquoi Le mur infernal n’a pas particulièrement malgré les esprits. Au-delà de sa programmation défavorable, ce jeu avait un côté un peu brouillon sur les bords, en pâtissant un peu trop du manque de sérieux concernant la mise en application de ses règles et la faisabilité de certains murs. Ce qui fait que je ne peux pas le considérer comme un bon jeu au final.
Néanmoins, c’est un peu un plaisir coupable pour moi. J’ai beau reconnaître que ce jeu est médiocre, je ne peux pas m’empêcher de quand même sourire devant, car il arrive à me faire passer un bon moment malgré tout. Et je reconnais que, si on n’est pas très regardant sur la solidité du concept (ce que je suis, quand même, d’où ma note sous la moyenne…), et que tout ce que l’on recherche, c’est du divertissement léger sans prise de tête, un peu stupide sur les bords mais pas excessivement non plus… ce jeu peut faire l’affaire.

Et on ne va pas trop changer de registre pour la prochaine fois…

garsiminium

Enchanté, moi c'est garsim. Bienvenue sur mon blog, où je parle de différents sujets, légers comme moins légers.

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